Lundi 22 juin (2015). Levé à 7 heures. Toilette, gymnastique. Petit déjeuner protéiné (café noir sans sucre, jambon, oeufs brouillés, ricotta fraîche). Hier, comme la veille, j’ai dîné d’un yaourt nature.

Marie-Agnès. Elle m’a utilisé tel un jouet, un pantin, puis, dès qu’elle a estimé que cette distraction sexuelle risquait de compliquer sa vie bourgeoise, de la troubler, elle m’a jeté à la poubelle avec froideur, désinvolture. J’espère qu’elle ne l’emportera pas au paradis ; qu’après ma mort Dieu me vengera.

Les êtres que j’aime, j’ai besoin de leur présence. Quand ils sont absents, ils me manquent. Ce qui me frappe et, au cours de mon existence, m’a toujours frappé, c’est la facilité avec laquelle les gens qui m’aiment se passent de ma présence, se passent de moi. Les filles,, qui m’aiment d’amour, mais aussi, trop souvent, les amis qui m’aiment d’amitié.
Mes adversaires me tiennent pour un cynique, mais ils font erreur. Le trait de caractère qui me définit le mieux n’est pas le cynisme, c’est une extraordinaire ingénuité.
Cynique, si je l’étais, je souffrirais moins. Hélas, je ne le suis pas. Je suis un ingénu, un naïf. Dans des livres parus il y a plus de trente ans – romans, essais, journaux intimes-, j’ai écrit des vérités définitives sur l’aptitude des femmes à baisser le rideau de fer, à gratter, refuser, oublier (ou feindre d’oublier) leur passé. Sur ce point je devrais donc être bronzé, cuirassé, inatteignable. Et cependant je ne le suis pas, mon ingénuité, ma confiance en l’autre font que, lorsque la trahison surgit, je suis aussi surpris, blessé que si, ces vérités, je ne les avais pas vécues, observées, éprouvées, décrites dans mes livres. Oui, un incurable naïf. Incurable et donc vulnérable.
Je suis un eudémoniste qui aura connu des bonheurs d’une intensité suprême et, simultanément, n’aura jamais cessé d’avancer de douleur en douleur. Je pourrais le déplorer, je m’en réjouis, car si j’avais été un eudémoniste toujours ivre de félicité je n’aurais pas écrit les livres que j’ai écrits, je n’aurais pas écrit une seule ligne. Grâce à Dieu, l’eudémonisme a ses failles, et le poète s’y engouffre.

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