Puis vint le temps des adjectifs dépoussiérés. Anacréon aussi me visita. Tu le reconnais, le dictionnaire fut précieux. Parfois tu te demandes quels mots il utilise quand il va chercher le pain. Ils t’écrasent ces adjectifs, tu veux de l’humain : Comment allez-vous ? Que lisez-vous ? Suis pas d’accord, etc… Bonjour, bonsoir.
Tu veux sortir de cet enfermement :
Vous faites partie de ces trèfles à quatre feuilles de l’intelligence exquise et charmeuse.
Vous faites partie de ces êtres touchants et délicats, magnifiquement réels, ouvrant sur de dirimantes voluptés.
Ce message rompit le charme. Réels est le mot que tu retiens. Oui, réelle tu es bien. Tu préfères le plaisir aux voluptés. Il t’abime en niant cette réalité, tes émotions tes sensations. À quoi joue-t-on là ? Tu ne dois pas sortir du cadre assigné. Vas-tu te contenter de n’être qu’un exercice de style ? Tu ne te sens plus concernée. Tu veux faire un pas vers lui. Il ne dira jamais Non, mais il fera comprendre que : Non.
Tu pars. Il y verra un basculement des repères, lesquels croyait-on avaient fixé une intelligence médiane des rapports !!! – Tu satures. Tu as envie de le baffer.
Et tu entres dans une tristesse infinie.
Tu perds la tête. Tu perds pieds. Tu fais n’importe quoi. Dis n’importe quoi. Tu l’envahis. Tel ce message bouteille à la mer que tu n’aurais dû écrire. Son indifférence te pétrifie. Aucune spontanéité. Aucun élan. Aucune audace. Tu es face à un distributeur automatique. Une intrication quantique. Une vraie mécanique. Un Robocop. Tu étais vaincue d’avance ma fille par ce branleur narcissique.
L’addiction n’était pas pour les mots. Pour son visage.
Pathétique.
Dans quelques heures tu vas l’oublier ce visage. Tu vas la faire cette séance d’hypnose qui te fait un peu peur. Tu vas la faire. Ne crains rien.
Jamais tu ne le verras. Et lui aussi,  jamais il ne connaîtra tes pas, ne frôlera tes mains, ne découvrira tes crèmes, ton parfum, ne touchera tes vêtements, ne sentira ton regard, ne goûtera rien de toi.