Il lève les yeux du clavier d’ivoire. Il regarde la porte qui ne s’ouvre pas. Il a cessé de jouer.
Et c’est le bruissement d’une robe de soie maintenant qu’il entend, les mains levées dans les faibles lueurs des bougies.
– Oh ! comme elle est vraie, cette ombre avec qui il partage sa vie,
et à laquelle, si souvent, il s’adresse,
lui faisant part de la beauté des choses du monde qu’il rencontre
et des différents instants des saisons qu’il compare avec les souvenirs qu’en lui elle lui raconte.
– Suis-je devenu fou ? Est-ce que ma vue est malade ? Il me semble que je vois mon épouse revenir de chez les morts !
Il pleure. Il tend – vers cette intense lumière – ses mains, avec prudence.
-Est-ce que je suis devenu fou ?
– Oui, mon amour, lui dit-elle avec douceur. Oui. Tant mieux, tu es devenu fou !
Elle le prend dans ses bras délicatement.
Leurs ventres se touchent.
Regardez comme leurs ventres se touchent et comme ils tremblent !
Mais il ne sent rien.
Soudain tout s’éparpille dans l’air.
Sous ses yeux il ne voit plus que les notes surélevées d’ébène et une affreuse pâleur entre elles qui ressemble à de l’eau.

Dans ce jardin qu’on aimait