(…)
Sur ces murets, sur ces routes,
imprégnés d’un étrange parfum,
où fleurissaient, rouges, dans la tiédeur,
des pommiers, des cerisiers : et cette couleur rouge
était légèrement brunie, tout comme
plongée dans l’air de quelque orage d’été,
un rouge presque marron, des cerises comme des quetsches,
des reinettes comme des prunes, qui parfois luisaient vaguement
parmi les sombres et intenses
broderies du feuillage, immobile, comme si le printemps
s’était attardé longuement,
pour jouir de cette tiédeur où reprenait vie le monde,
enflammé, dans son antique espoir, d’un espoir nouveau.

Et, sur tout cela, le volettement,
l’humble, le paresseux volettement
des drapeaux rouges. Dieu ! les beaux drapeaux
de ces Années Quarante !
Voletant l’un sur l’autre, drus, avec leur pauvre
toile rougeoyante, d’un rouge profond,
qui s’entremêlait à l’éclatante misère
des édredons de soie, des lessives des familles d’ouvriers
– et au feu des cerises, des pommes, violet
par trop d’humidité, et qu’un brin de soleil teignait de sang,
rouge enflammé, noué en bouquets et tremblant,
dans la tendresse héroïque d’une immortelle saison !

Les beaux drapeaux

Poésies 1943-1970