les images que l’on voit depuis un train
par habitude ou paresse on dit d’elles
qu’elles « défilent » et ce n’est pas vrai :
le rythme est sans cadence
et très irrégulier, il ne faut pas le confondre
avec la bande-son qui, elle, est si efficace
dans les films à suspense, tel un équivalent
palpable ou palpé du tambour du sang
à la rigueur les poteaux, à intervalles réguliers
défilent, mais tout le reste ce sont des incursions
des trous des découvertes des échappées
et parfois tout va très vite et d’autres fois très
lentement – ces mouvements de caméra lente
quand on approche d’une gare sont les plus propices
à la méditation – (…)
on passe dans les coulisses on glisse
dans les ruines de la guerre industrielle
dans les terrains vagues et les chantiers les zones
à travers poutrelles pavillons immeubles entrepôts
coins de rue aperçus la couleur locale
sautée hors du dépliant inonde la vue
comme une décoloration désemparée s’exilant
dans un nombre infini de détails qui n’ont pas le temps
de faire masse ni celui de vraiment s’isoler

Col treno
(avec des photos de Bernard Plossu)

Le titre Col treno était avant tout rythmique : tout en signifiant « en train », « avec le train », la formulation, tirée vers l’oralité, faisait signe vers John Coltrane, soit vers l’idée d’un battement contigu à une mélodie.