L’inspiration comme une action érotique a rompu l’obscurité dans laquelle se trouvaient mes images et mes thèmes. Ce fut d’abord une mince fissure d’où j’extrayais péniblement des formes incomplètes. Puis, sous l’action érosive de l’analyse, du travail et de nouvelles inspirations, la fissure est devenue fente puis source d’où le flot s’écoule avec un débit encore intermittent mais plus large.
Quelle est la cause de cette ouverture si tardive ? Sans doute la force érotique dévoyée par les exigences de l’esprit qui voulait la mener dans le sens de la vie intellectuelle-spirituelle et d’un ascétisme moral. Ce n’est qu’à certaines périodes d’amour épanoui que l’Éros a pu rejoindre l’esprit et canaliser vers lui une partie de sa force, ainsi dans la brève période qui a suivi mon retour de Finlande où je me sentais délivré du péché, ainsi durant la mobilisation puis à mon retour de Londres, pour quelques semaines.

Conversation avec le torrent 

Journal 1954-1959