Chapitre 15

Il n’y a pas que mon existence qui soit en sursis. Il y a mon amour également. Je suis un amoureux en sursis. Nous le sommes tous, mais moi plus que les autres. Depuis plus d’un an, Joséphine a décidé que nous n’étions plus en couple officiellement. D’un côté, cela m’évite les repas en famille. Mais de l’autre, Joséphine ne me dit plus « Je t’aime » et ça, c’est à vous faire crever sur-le-champ. Joséphine, je boufferais de la merde pour elle. Je n’ai jamais vu autant de délicatesse et de grâce réunies en une seule et même personne.
Joséphine, je veux que tu saches que je souhaite ton bonheur avant tout. Peut-être que bientôt, le jour viendra où tu vas m’annoncer que tu es heureuse dans les bras d’un autre. Eh bien, je serai heureux pour toi. Joséphine, tant que je serai sur cette terre, tu pourras compter sur moi. Pour tout et en toutes circonstances. Acheter de la literie, du terreau, des aquarelles et nettoyer du vomi à la fin d’une fête que tu as organisée.
J’ai quarante-quatre ans. Il m’a fallu attendre l’âge de quarante ans pour savoir à quoi pouvait ressembler le véritable amour. L’abnégation. Le don de soi. Le silence partagé. L’écoute attentive.