Quand l’automobile du maire de New York, une belle Pontiac grise prêtée pour l’occasion, s’arrêta à l’entrée du village d’Isnello et que M. Impelliteri et sa femme en furent descendus dans le vacarme des applaudissements et de la fanfare municipale, dans le désordre de gendarmes, motocyclistes de la suite, journalistes, photographes, curieux, innombrables cousins, parents au second degré, bourgeois, paysans, bergers, femmes, dans le désordre, en somme des quatre mille habitants d’Isnello qui l’attendaient, les gamins du village se pressèrent autour d’elle, s’appelant l’un l’autre à grands cris, se poussant, se bousculant, jouant des coudes pour la toucher. « Il faut qu’on touche la voiture », criaient-ils, s’exhortant réciproquement avec le visage sérieux de ceux qui font quelque chose d’important. « Il faut qu’on touche la voiture, comme ça on ira en Amérique.« 

Carlo Levi
Les mots sont des pierres
Voyages en Sicile