Juillet
Déjà se mêlent aux lavandes presque bleues, selon les champs, ces graminées sèches remarquées l’an passé. Inattentif, on les dirait blanches ; elles sont plutôt ivoire.
Il semble au premier abord que ce qui compte le plus, ce soit la couleur pâle dans ces champs sombres et, probablement, une légèreté sèche – énoncée dans le mot paille, bien qu’il soit trop « jaune » ; cette façon qu’ont les graines d’être suspendues ou portées au-dessus du champ – grelots, cloches, sachets. On croirait entendre leur bruit sec, leur crépitation ; elles sont presque diaphanes, en papier : de l’air séché ? C’est en mouvement vers le blanc, en mouvement vers le desséché, l’impalpable. Écrans de papier ou de soie, éventails. Toujours émouvantes, mais ici surtout, dans cette nuit des lavandes, où elles déposent une écume non humide. Purification par le feu solaire. Comme aussi des agneaux dans le lit violet de la nuit. Mais c’est immobile, on ne bouge que sur place (non pas, comme je l’avais imaginé, des pensées, qui traversent l’ombre de l’oeil, ou le rêve nocturne). Graines. Grelots de paille.
Papillons là-dessus errant, blancs, roux ou bruns. Ce qui monte de la terre. Ce qui vole à mi-hauteur. Papillons tout en ailes, presque sans corps, tout juste là pour montrer la lumière, la couleur, entre lumière et parfums. Ou morceaux de vent colorés, jamais en repos. Chose la plus destructible, répandue, prodiguée dans notre monte autant que des paroles. Sans épaisseur.
Une fois de plus, je me suis égaré dans les environs d’un centre qui de dérobe, mais qui n’en éclaire pas moins ces détours.

Carnets 1954 – 1967 

La Semaison