Parler la langue française, c’est être attablé avec Jean Racine, Louise Labé, Guy Debord, Marceline Desbordes-Valmore, Henri IV, Léopold Sédar Senghor, Louis XIV, Camille et Paul Claudel, Marguerite Duras ou Marguerite Yourcenar, Rutebeuf, Marie Laurencin et Nicolas Poussin, tant et tant d’autres en un banquet où tout le monde se comprend.

 » La langue évolue ! », tel est le seul argument de ceux qui n’y entendent rien, piteuse réaction le plus souvent à une éventuelle faute qui leur a été signalée. Sans doute, nous parlons dans une « langue soumise au temps » (…) ; la langue évolue et le temps passe et le fleuve coule, cela est bien vrai (…) les règles de grammaire ne sont pas les Tables de la Loi ; elles évoluent : ce sont même leurs variations qui permettent de décrire leurs principes ; le seul problème est de savoir à quelle vitesse et dans quelle direction.

Les mots aussi sont de passage. Tous les mots sont – de passe. Mais ils se transforment différemment, à la vitesse d’un visage, ou à la vitesse d’un paysage. On disait « neantplus » en 1504 qui devient « non plus » en 1529 : cette locution a changé en une génération, mais on dit « non plus » depuis cinq siècles – à la vitesse du temps qu’il fait, puis à celle de la géologie. Et tel un ciel d’automne la langue ne change pas au même moment au même endroit, ainsi dans la campagne de Rabelaisie s’entent parfois encore « souventesfois »…

De quel amour blessée
Réflexions sur la langue française