Il y a toutes sortes de blancs. Il y a un blanc ignoble, un blanc immonde, le blanc terrible du cadavre et du drap qui le recouvre. Le blanc blafard et blême des ruptures, le blanc livide des trahisons. Mais le blanc n’est pas une couleur unie, homogène. Le blanc n’est même pas une couleur, c’est la condition de toute couleur, la lumière personnifiée. Il y a toutes sortes de blancs. Il y a le blanc légèrement bleuté qui monte le matin des arbres du pays de Sceaux. Il y a le blanc rose de l’aube sur les murs du Lycée Lakanal ou sur les pentes du cimetière de Montmartre. Le blanc de la fenêtre, immaculé et incolore, où l’on s’appuie pour respirer un peu d’air frais et regarder les oiseaux qui s’envolent dans le ciel blanc et pur. Le blanc crayeux de la Corse, des fromages et du beurre frais, le blanc des pêches et de la vigne, le sémillon, la muscadelle, l’entre-deux-mers, le merlot blanc. Il y a le blanc diffus des salles obscures, le blanc d’argent du grand écran, quand Hitchcock l’envahit et le transperce en même temps. Le blanc toubab du Sénégal, le blanc d’ivoire du piano, le blanc platine de la radio, le blanc effervescent des studios. Le blanc champagne de Bahia, crème de lys, parfum lilas, et le blanc de la page blanche où vient s’inscrire votre histoire désormais, tandis que sur une branche de l’arbre tout proche, attirées par les graines et les fruits, deux mésanges bleues sont venues se poser.

François,
portrait d’un absent

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