Les dunes devant la mer – la petite aube tiède et les corps nus devant les premières vagues encore noires et amères. L’eau est lourde à porter. Le corps s’y retrempe et court sur la plage dans les premiers rayons de soleil. Tous les matins d’été sur les plages ont l’air d’être les premiers du monde. Tous les soirs d’été prennent un visage de solennelle fin du monde. Les soirs sur la mer étaient sans mesure. Les journées de soleil sur les dunes étaient écrasantes. À 2 heures de l’après-midi, cent mètres de marche sur le sable brûlant donnent l’ivresse. On va tomber tout à l’heure. Ce soleil va tuer. Le matin, beauté des corps bruns sur les dunes blondes. Terrible innocence de ces jeux et de ces nudités dans la lumière bondissante.
La nuit, la lune fait les dunes blanches. Un peu auparavant, le soir accuse toutes les couleurs, les fonce et les rend plus violentes. La mer est outre-mer, la route rouge, sang caillé, la plage jaune. Tout disparaît avec le soleil vert, et les dunes ruissellent de lune. Nuits de bonheur sans mesure sous une pluie d’étoiles. Ce qu’on presse contre soi, est-ce un corps ou la nuit tiède ? Et cette nuit d’orage où les éclairs couraient le long des dunes, pâlissaient, mettaient sur le sable et dans les yeux des lueurs orange où blanchâtres. Ce sont des noces inoubliables. Pouvoir écrire : j’ai été heureux huit jours durant.

Carnets 1

1941