Les Français ne savent pas où me mettre. On n’a pas idée d’être français comme ça, me disent-ils. Trop compliqué, tes mélanges ! Quelle rigolade… Les Français, ils ne sont unis que quand un attentat leur tombe dessus – et encore, pas pour bien longtemps, faut voir comment ils se mettent sur la gueule après. « Français de souche », qu’ils disent… Bêtise de bûche, oui ! Comme s’il n’y avait qu’une manière d’être « vraiment » français… La souche, en plus : ce bois mort, ce fût sans fond, ce moignon.

Chez Molière, Monsieur de la Souche, c’est Arnolphe : un bourgeois, qui d’un vieux tronc pourri de sa métairie s’est fait dans le monde un nom de seigneurie. C’est écrit là, noir sur blanc, dès la première scène du premier acte de L’École des femmes.  Il n’aime que les femmes laides et bien sottes. Et l’on voudrait en faire un modèle pour la France !

Quel abus, de quitter le vrai nom de ses pères,
Pour en vouloir prendre un bâti sur des chimères !

Alors, de tronc, de buis, de bois… de talon ou de tige ! Et pourquoi pas de branche ?… de feuille ? de papier ! Quelle langue de bois, c’est le cas de le dire… Tout ça n’existe pas au fond. Je suis français d’oreille et de conviction.

Mémoires d’outre-mer