Ce livre est le récit de la mort de Marina, ma  compagne, survenue le 3 février 2015, puis le journal de ma première année de deuil. Sa rédaction lente, patiente, heurtée, ouvrit, sans que j’en aie d’abord conscience, un espace de recueillement. Elle me donna bientôt les moyens d’une tentative d’élucidation, c’est-à-dire, au fond, de consolation face à la puissance invasive et irrationnelle de la mort. Elle fut aussi cet atelier où, durant cette longue année, je me suis installé pour tenter de redonner du sens à ce qui n’avait plus de sens. Pour tenter de faire. De faire avec. Contre le vide. On comprendra que j’aie choisi de conserver, parfois, la sécheresse des prises de notes, les répétitions, redites, constats tautologiques, qui témoignent d’un état prolongé de sidération que fut l’instant vécu de la mort, puis de cette « certitude du définitif » qu’évoque Roland Barthes. Un cheminement, une recherche tâtonnante, aveugle. Un exorcisme, peut-être. Par voie de conséquence, ce livre interroge, parfois avec une certaine insistance, obsessionnellement, l’inaltérable question du temps. Parce que le temps, qui est la grande affaire de la vie, est aussi celle de la perte, de la mort et du deuil.