D’où viens-tu Herman ? Herman avec un H. Et Melville avec le final ajouté par lui. Ecce homo. Les biographes vous apprennent que son père, Allan Melvill, après qu’il eut fait faillite, était devenu fou. Les conditions sociales étaient brutales dans l’Amérique du début du dix-neuvième siècle ! Très tôt le jeune Herman est parti sur la mer : enrôlements, mutineries, désertions, séjours dans les « paradis cannibales » du Pacifique… They that go down to the sea in ships…, connaissait-il ce psaume 107
mis en musique par Purcell ? Les marins partaient normalement pour deux trois ans quand ils chassaient la baleine et les naufrages étaient fréquents… Comment devient-il écrivain ? Probablement avec, plongeant à l’axe du réel, les questions « puritaines » du péché originel, de la prédestination et de la Providence. La question, pourrait-on dire : Qu’est-ce qu’un homme ? De quelle couleur ? Et quel rôle jouent les institutions civilisatrices ?… Le sens d’un mot sous ses significations.
Comment j’ai découvert Melville je ne sais plus. Peut-être bien que ce fut avec Mardi sous sa belle couverture dessinée par Max Ernst, édité chez Robert Marin en 1950. Pendant une escale quelqu’un en aura parlé, ou j’aurais lu un récit qui évoquait un autre récit, ou lors des jours de calme plat je recourrai par hasard à un livre écarté. Ou une phrase dont le rythme, le roulement, l’impétuosité m’a soudain frappé par son accord avec l’Océan… On découvre les choses une à une, jour après jour, par beau temps calme ou dans les tempêtes, traçant une ligne sur une éternité plissée.

Encore cent ans pour Melville