Elle lisait le grec et le latin comme nous lisons le journal du matin, connaissait chaque pierre de Grèce, d’Italie et d’Espagne (…) Elle pouvait aussi mettre en perspective historique le blues et les negro-spirituals, trouvant en eux, et en eux seulement, un type particulier de désespoir lyrique issu d’une franche affirmation de la vie (…) Elle a recherché dans la littérature et la musique contemporaine ce mélange de douleur, solitude et amour exacerbé qu’elle avait lu dans les poèmes grecs anciens, poèmes qu’elle avait choisis, traduits et publiés en une anthologie  qui a pris place aux côtés de ses romans, essais et pièces de théâtre. Elle habitait une contrée de l’esprit à la fois cosmopolite et rebelle où la liberté de pensée et ses modes d’expression sont la plus haute valeur qui soit, car elle croyait que c’est par l’exercice de cette liberté que l’ambition classique de tenir les instincts rationnels et irrationnels de l’homme en un équilibre dynamique pourrait être atteinte. « L’homme est un pont » écrivait Nietzsche. En ce sens, elle a construit son propre pont.
Elle était considérée comme quelqu’un de froid par ses pairs et même ses admirateurs. Austère plutôt que froide. En fait c’était une romantique, toujours en mouvement, écrivant des des trains et sur des bateaux, lisant les constellations avec des cartes du ciel, une écologiste qui contemplait les feux de forêts avec plaisir, horreur et honte, observait pendant des heures des statues gréco-romaines et consacrait sa vie, passionnément, à l’étude des passions.