Boire en Suisse.  L’expression se rattache à des clichés anciens qui prétendent décrire un caractère national supposé. Louis Sébastien Mercier écrit à la veille de la Révolution : « Leur (celle des Suisses portiers à Paris) lourde physionomie ne paraît s’animer un peu qu’aux bals, lorsque le buffet est copieusement garni. Ils semblent tous porter écrit sur leurs fronts : Nous n’aimons qu’à boire » (Tableau de Paris, chap. CCCLXX « Portiers »). On lit plus tard : « Le soldat a le point d’honneur de ne jamais manger ou boire seul. Cette loi est tellement sacrée, que celui qui passerait pour la violer serait rejeté de la société militaire et on dirait de lui : il boit avec son suisse, et le mot est une proscription » (Jérôme Léon Vidal et J. Delmart, La Caserne, moeurs militaires, 1833). Lorédan Larchey cite Vidal et commente : « Le premier exemple donne la clef du mot. Le soldat ne peut boire avec son suisse (concierge), puisqu’il n’en a pas, donc il boit seul. Ironie inventée pour rappeler quelque engagé d’opulente famille aux règles de la fraternité » (Dictionnaire historique…, 1872).

Le livre des métaphores