Paris, mercredi 27 octobre
L’atelier de P. occupe le septième étage sur le ciel d’un immeuble sans grand caractère. On a dressé un lit de fortune, le long d’une bibliothèque, dans une petite pièce dont les murs sont couverts de livres. À portée de ma main la biographie de Domenico Scarlatti, de Kirkpatrick, le Dictionnaire amoureux de Venise, de Sollers, les Oeuvres en prose de Novalis… et le tome VII de la Correspondance générale de Chateaubriand où je prélève cette lettre, du 28 décembre 1827, à Mme de Cottens : « Je suis heureux, Madame, que mes lettres vous soient une joie : les vôtres me font un plaisir que je ne puis vous exprimer. Je voudrais vous savoir la femme le plus heureuse qui soit sur la terre  ; vous avez toutes les conditions du bonheur en vous-même et dans votre famille mais il y a toujours quelque chose qui vous manque, et il n’y a point de remède contre les peines secrètes de votre âme. Tout étranger que je sois à votre vie, prenez-moi comme la consolation de la plus tendre amitié : je mérite cette confiance. Ne vous en déplaise, voilà déjà deux ans que je vous ai vue pour la première fois, que je me suis attaché à vous, que je vous écris constamment et que vous vous mêlez journellement à toutes mes pensées. Mon amitié a déjà pour vous l’épreuve du temps, vous vous en apercevrez, quand vous me reverrez, au bonheur que j’aurais, et aux marques des jours sur mon visage. J’ai beaucoup d’espoir pour l’année qui va commencer, cette année que je vous souhaite pleine de toutes les choses que vous désirez le plus. »

Fin septembre, j’ai recopié et adressé cette lettre en réponse à un billet reçu d’une jeune femme, que je vois plus ou moins régulièrement et avec qui je corresponds depuis quelques années… mais… sans suite… N’est-ce pas pourtant très exactement ce qu’il faut écrire comme il faut l’écrire… Tout y est « de la plus tendre amitié », de la plus vive intelligence, de la plus fine attention. Tout y est dit en vérité… et sans illusion.

Le savoir-vivre