Parmi mes amies, il y en a trois qui veulent absolument m’inscrire à un site de rencontres. Je précise qu’elles ne se connaissent pas entre elles, elles ont cela en commun, en plus d’être belles comme tout : ces foutues inscriptions. Deux sont divorcées, l’une séparée depuis belle lurette. Les trois me disent vouloir la même chose : partager quelques moments avec un compagnon. Je déteste ce mot. Je ne vous raconterai pas les mésaventures, les déconvenues, les beaux moments aussi vécues par l’une ou l’autre. – Ça me fait pas rêver. Du tout. Je crois aux rencontres au coin de la rue. Tu es folle ! me disent-elles. Ce fut ainsi pour Urli, j’avais 18 ans. Malgré la fougue de l’âge,  il y eu ce calme en moi, cette évidence Tiens ! c’est l’homme de ta vie. Puis, bien plus tard, mon Clem. La sidération cette fois en voyant avancer à contresens dans cette rue de Beaune ensoleillée, la silhouette  sur un vélo rouillé, une cravate rouge allant de ci de là autour d’un merveilleux visage.
L’une est psy, elle m’a aidée à lutter contre cette agoraphobie dévastatrice, des lendemains tout vides. Elle partage sa vie entre Corse et Paris. Une aventurière. Une rebelle. Une indépendante. Si belle que les hommes veulent immédiatement la mettre dans leur lit. Elle a écrit quelques livres. La seconde, nous avons bossé ensemble. Elle a un sens de la communication qui m’éblouit. Elle aussi dégage une sensualité qui fait des ravages. La troisième est plus secrète, déterminée. Elle sait ce qu’elle veut. Elle a quitté Paris pour les montagnes. Elle a un « compagnon », mais souhaite faire des rencontres amicales.
L’une m’a fait connaître un médium, une autre un second. Curiosité : ils dirent la même chose. Rencontre se fera. Durera. Les dates variant entre eux. Pour le premier, cette surprise du prénom : il porte un prénom composé, et on me dit que cela fera pendant avec vous. Vous ne vous appelez pas Anna ? – Mon prénom est Anna-Laura. Pour l’autre, qui fait ça avec des cartes, invariablement sortaient le Roi de Coeur, la Dame de Coeur, l’As de Coeur, et le dix. Alors, il s’énerve : Anna, vous m’agacez avec vos Dix. Je veux que vous deveniez un As. Vous êtes à la croisée des chemins. Ou vous osez, ou vous continuez comme ça.
Je ne sais pas si je suis en train d’oser.
Je ne sais pas.