cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Garouste et Urli

Il fait très frais ce matin-là. J’accompagne Urli dans ces rues du Marais parisien, il voulait absolument voir cette exposition de pastels de Gérard Garouste, peintre qui l’impressionne. Dubitatif pourtant à l’idée du pastel. Nous sommes les seuls visiteurs dans cette splendide galerie. Nous regardons. Je regarde Urli regarder. Il s’arrête longuement sur un tableau. Longuement. Un regard vers moi. Un sourire. Je laisse faire. Je le connais mon amoureux. Puis-je régler en plusieurs fois ? Oui, lui répond-on. Je vois alors quelqu’un se pencher de la mezzanine. Garouste. Urli le voit. Et se précipite dans l’escalier, stoppe net devant lui. Ils portent un même imperméable vert mastic. C’est très beau de les voir ces deux-là. Garouste retirant son feutre, Urli ramenant ses longs cheveux bruns. Il prend alors les mains de Garouste. Et ils se tiennent l’un l’autre sans se dire le moindre mot. Un temps long. Les yeux dans les yeux. Tout est dit. Un des plus beaux moments de silence de ma vie.
Le pastel vient de retrouver la maison.
Je les revois ces deux-là.

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Tout d’abord, ce n’est rien, un mouvement infime, quelque chose comme une fêlure sur l’ivoire d’un mur, une craquelure sur un os – Michaël Ferrier

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il faisait si chaud dans le silence et dans l’après-midi, – Pascal Quignard

  1. Caroline D.

    Un instant, je les aurai vus moi aussi. Un beau et tendre court métrage.

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