cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Mois : février 2019

Kiosque – Jean Rouaud

À mesure que s’éloignait son chagrin les nuits arrosées s’espacèrent. Une de-ci de-là, histoire de décompenser des six jours de travail par semaine. Mais au plus fort de la crise on aurait pu craindre qu’il ne survécût à son amour défunt tant il mettait d’acharnement à se détruire. Son état alimentait les conversations du kiosque. Les fidèles s’alarmaient. D’autres, s’estimant maltraités, ou simplement agacés par le psychodrame qui se jouait sous leurs yeux, en profitèrent pour s’adresser ailleurs. Mais ils revinrent, tant on se lasse de se détourner du chemin qui mène au plus court de chez soi au métro. Un petit matin pressé, on trouve embarrassante sa résolution de ne plus mettre les pieds ici, et on renoue prudemment en évitant de part et d’autre le moindre commentaire sur les raisons de ce boycott momentané. Le jour qui suit, après une série de variations sur le temps, tout est oublié et on est heureux de replonger dans ce petit bain d’humanité (…)
Sa veste de drap noir en coton robuste qu’il achetait dans un magasin réservé aux vêtements professionnels, peut-être aussi parce qu’il n’y avait que là qu’il trouvait sa taille, au rayons apprentis, sans avoir à passer par l’étage enfants des grands magasins, mais par laquelle il se rangeait ostensiblement du côté des travailleurs, sa mise assyrienne, barbe et cheveux longs, qui étaient alors l’étendard de la révolte, sa pipe légendaire qui l’entourait d’un halo de fumée grise et le renvoyait au temps de Verlaine, ses propos truffés d’un vocabulaire politique et sociologique qui résultait de son passage à l’université de Vincennes et dans les cellules de la Fédération anarchiste, propos d’autant plus virulents qu’il était éméché, ses frasques publiques avinées, tout en lui correspondait à la figure du marginal telle que l’imaginaire de l’époque la concevait, à la limite de la cloche, qui se différenciait des scènes traditionnelles de la vie de bohème par une dimension politique affichée, à l’extrême gauche bien sûr, et qu’il entretenait par ses souvenirs d’Ariège.
Il gardait la nostalgie de ces années où il avait vécu dans les montagnes avec sa compagne (…) J’ai oublié de quoi avaient vécu P. et sa compagne, mais certainement pas du fromage de brebis ou de l’artisanat du cuir. P., qui avait suivi des études de sociologie, n’avait aucun sens manuel en dehors de son art du rangement, appelant au secours quand il s’agissait de planter un clou. Plus vraisemblablement un héritage, mais celui-ci épuisé les avait contraints à remonter à Paris où P. avait du temps de ses études déjà travaillé dans un kiosque.

Le premier baiser,

La banlieue rouge. Le 9-3. Un printemps qui s’amorce dans cette banlieue en pleine transformation. Une gamine de 14 ans, dingue de cinéma. Des baisers du Happy End. Détestant drames et pleurs. Il fait beau. Les copains de toujours, les voisins, il y en a un. Pas brun comme elle aime, mais ils se connaissent depuis qu’elle sait marcher. Que de chasses au trésor n’ont-ils pas fait ensemble ? Un jour, il lui dit : Tu veux que je t’apprenne comment on embrasse ? – J’y avais même pas pensé. – Oui. Technique, précis, il lui explique le processus, le rythme. Elle saisit. Il s’approche d’elle. Tout près. Lui caresse la joue. Elle n’en revient pas de ce qu’elle ressent. Ce frémissement. Les lèvres se posent d’abord sur le front, chaleur, douceur, descendent vers la bouche, l’entr’ouvrent, la langue joue avec la sienne. – Révélation ! Merci ami.

les toilettes fleuries – Gérard de Nerval

LA COUSINE

L’hiver a ses plaisirs ; et souvent, le dimanche,
Quand un peu de soleil jaunit la terre blanche,
Avec une cousine on sort se promener…
– Et ne vous faites pas attendre pour dîner,
Dit la mère.

Et quand on a bien, aux Tuileries,
Vu sous les arbres noirs, les toilettes fleuries,
La jeune fille a froid… et vous fait observer
Que le brouillard du soir commence à se lever.

Et l’on revient, parlant du beau jour qu’on regrette,
Qui s’est passé si vite… et de flamme discrète :
Et l’on sent en rentrant, avec grand appétit,
Du bas de l’escalier, – le dindon qui rôtit.

Le mystère

Jeune, je suis entrée dans une célèbre agence de presse photos. Elle venait de traverser une passe difficile, une scission. Certains reporters restèrent. Je fus engagée par l’un d’eux. J’ai tout appris de A à Z. Reportages à éditer, choix de photos, hauteur/largeur, légendes, archives à faire revivre, rapidité. Un poisson dans l’eau me sentais. Un jour pourtant, moi la douce, j’ai renversé le bureau du rédacteur-en-chef et suis partie.
Créer sa propre agence, soit. Financement. Local à trouver etc… Naïfs, heureux nous nous lançons sans la moindre hésitation. Nous étions quatre à chercher tout ça,  un local où nous pourrions installer un petit labo pour le noir et blanc. Nous cherchons. Trop cher. Trop loin. Trop étroit. Trop etc… Un jour, miracle, ce qu’il fallait, près de la Place des Petits Pères. Maman accepte de se porter caution. Nous arrivons chez l’agent immobilier ; à ses côtés le représentant de la société propriétaire (une grosse machine),  brusquement surpris par mon nom, il me fait répéter. – Vous connaissez Mme X ? – Oui !?… c’est ma mère ! Elle travaillait dans cette société-là. Adjugé le local. Vous l’croyez ?
Il y a de ces mystères…

New York

Un soir de fin d’été, nous discutions avec Anne. Mon amie quittait ses montagnes pour passer quelques jours à la maison, à Paris. Elle émergeait enfin d’un chagrin qui l’avait laminée. L’idée d’un voyage vint je ne sais comment. Moi aussi j’avais besoin d’air nouveau sûrement. New York ? Adjugé.
Je choisis l’hôtel de De Niro à TriBeCa. Un hôtel à taille humaine. Chambres vastes. Bar tout en boiseries, en haut de celles-ci une frise avec des petits tableaux carrés du père de l’acteur. Des petits déjeuners avec du vrai café italien dans le restaurant attenant. Des biscuits de rêve.  Anne était ravie, à deux pas de l’hôtel, l’immeuble où habitait John-John. Elle fut une fan absolue. À chacun ses trucs… À l’angle, un formidable Diner, la musique et la cuisine, bonnes, très bonnes, il devint notre cantine de nombreux soirs. Les chauffeurs de taxi, tout un poème ! La plupart haïtiens, un français impeccable, ayant une connaissance de la situation politique de la France qui nous bluffa. Le barman de l’hôtel aussi  haïtien. Anne aime les cocktails avec plein de bidules dedans, vodka surtout, des herbes, des fleurs. Elle aime. Il apprécia l’engouement, lui apprit beaucoup,  navré de me voir devant un simple verre de vin rouge. S’il savait…
Oui,  quelques musées. Oui, du shopping, pas tant que ça finalement. Oui, un hot-dog inoubliable face à l’Océan. Oui, certaines hauteurs de vues. Mais moi, c’est en bas que j’aime New York. D’abord, les New-Yorkais. J’aime les New-Yorkais. On a la sensation que personne ne regarde personne, mais à peine a-t-on sorti un plan qu’ils sont là à deux ou trois, vous demandent ce que vous cherchez. Chaleur de l’accueil. J’ai adoré marcher dans la ville. Adoré. Suis allée seule à Columbia, l’université de Clem. Il y obtint son diplôme de journaliste et une licence de lettres. Il aimait les larmes d’Emily Dickinson, moi pas du tout, mais je fondais lorsqu’il me récitait The Raven, il vénérait Edgar Poe. Quitter la ville fut un crève-coeur pour lui lorsqu’il fut engagé au Boston Globe. Mais, fan de l’équipe de baseball de la ville, les fameux Red Sox, il y trouva une compensation. Je voulais m’asseoir un temps sur un banc de pierre, près de l’Alma Mater. La mère de Clem y enseigna la philosophie. Elle ne supportait pas la tiédeur de ses étudiants, et dit à son mari, fameux éditeur, qu’elle quittait l’université et se consacrerait désormais à l’écriture. Réponse du mari : Mais oui. Sache que jamais je ne t’éditerai ; seules quatre ou cinq personnes peuvent te lire. Rose écrivit jusqu’à la fin de ses jours. Encore un détail sur Rose. Lorsque Clem me présenta à elle, la première chose qu’elle me dit ne fut pas Bonjour mais « Qu’avez-vous fait comme Université ? » « Aucune Université, je n’ai même pas voulu passer le bac ». Nous devînmes les meilleures amies du monde.

Paris – James Salter

(nous sommes après-guerre)

Paris me fit une sale impression que même les Champs-Elysées, larges comme un pont de porte-avions et sillonnés par quelques rares voitures, ne purent améliorer. Paris me paraissait une ville patibulaire, quelque peu déshonorée, qui avait réussi à survivre à la guerre. Les monuments et les façades de pierre étaient noirs, mais c’était la crasse, pas la fumée du désastre qui les avait entachés. Les Français s’étaient écroulés au premier round et avaient livré la capitale intacte, action pragmatique, sinon héroïque (…)
Il y a le Paris de Catherine de Médicis aux Tuileries, comme l’a décrit Hugo ; celui d’Henri Ier à l’Hôtel de Ville, de Louis XIV aux Invalides, de Louis XVI au Panthéon, et de Napoléon place Vendôme, mais c’était le Paris d’Henry Miller dans lequel nous étions ; je ne l’avais pas lu, mais je le devinais charnel, désaxé, en désaccord avec tout mais l’embrassant la minute suivante, en velours côtelé élimé, sans cravate, rentrant chez lui à pied par les rues. Ce Paris dans lequel vous vous réveilliez tuméfié après des nuits du tonnerre, des nuits indélébiles, les poches vides, les derniers billets éparpillés par terre, les souvenirs éparpillés aussi (…)
Paris. Le petit matin. Son haleine froide, étonnamment fraîche. L’élégance de ses rues anciennes, son prix toujours renversant. Le bruit de la circulation matinale. Le ciel sans défaut et dégagé. Quelque part dans la galerie de l’amour où les tableaux vous émeuvent au-delà des mots – la lumière, la divinité, la retenue absolue, où dans des lits défaits le matin, à voix basse, la vie vous est offerte –

Une vie à brûler

Pourquoi Erri ?

Il était facile de lui écrire. Son mail, à disposition.
Un matin de fin janvier, j’ai suivi l’injonction.
Légèreté de ton.
Il fait tout doux à Paris. Le ciel ce matin, rose, bleu, gris. C’est beau. Le jardin autour de la maison me semble un foutoir insurmontable. Je referme le livre et j’ai une irrépressible envie de vous dire bonjour. Hinnèni, ai-je lu. Me voici.
Merveille de trouver sa réponse, joyeuse, le lendemain.
Chère Anna, Me voici. Eccomi, Hinnèni, on répond tous les jours à un appel qui ne vient pas d’une voix…
J’adore cette envolée. Me voici, Eccomi, Hinnèni. Le don de soi, la main tendue.
On répond tous les jours à un appel qui ne vient pas d’une voix.
À la fin, Erri espère que je me donne aussi le plaisir de répondre à quelqu’un dans ma journée.

Voilà pourquoi Erri.
Je n’ai plus jamais eu besoin de lui écrire.
Le lire, relire, oui, toujours.

la criante allégresse d’être encore vivants – Albert Cossery

Le bruit des voix, la clarté des lampes à acétylène l’accueillirent comme un refuge bienfaisant. À cette heure de la nuit le café des Miroirs était plein d’une foule tapageuse qui occupait toutes les tables, déambulait en lente procession à travers la chaussée de terre battue. L’éternelle radio déversait un flot de musique orageuse amplifiée par les hauts-parleurs, noyant dans une même confusion la magnificence des palabres, des cris et des rires. Dans ce tumulte grandiose, des mendiants loqueteux, des ramasseurs de mégots, des marchands ambulants s’adonnaient à une forme d’activité plaisante, comme des saltimbanques dans une foire. C’était chaque soir ainsi : une ambiance de fête foraine. Le café des Miroirs paraissait être un lieu créé par la sagesse des hommes et situé aux confins d’un monde voué à la tristesse. Yéghen se sentait toujours émerveillé par cette oisiveté et cette joie délirante. Il semblait que tous ces gens ignoraient l’angoisse, la pénible incertitude d’un destin miséreux. Certes, la misère marquait leurs vêtements composés de hardes innommables, inscrivait son empreinte indélébile sur leurs corps hâves et décharnés ; elle n’arrivait pas cependant à effacer de leurs visages la criante allégresse d’être encore vivants !

Mendiants et orgueilleux

Décrire – Annie Ernaux

Au cours de l’hiver, ma mère nous avait inscrits, mon père et moi, à un voyage organisé par la compagnie d’autocars de la ville. Il était prévu de descendre vers Lourdes en visitant des lieux touristiques, Rocamadour, le gouffre de Padirac, etc., d’y rester trois ou quatre jours et de remonter vers la Normandie par un itinéraire différent de celui de l’aller, Biarritz, Bordeaux, les châteaux de la Loire (…)
Le matin du départ, dans la deuxième quinzaine d’août – il faisait encore nuit -, nous avons attendu très longtemps sur le trottoir de la rue de la République car le car qui venait d’une petite ville côtière, où il devait embarquer des participants. On a roulé toute la journée en s’arrêtant le matin dans un café, à Dreux, le midi dans un restaurant au bord du Loiret, à Olivet. Il s’est mis à pleuvoir sans discontinuer, et je ne voyais plus rien du paysage à travers la vitre (…) Au fur et à mesure que nous descendions vers le sud, le dépaysement m’envahissait. Il me semblait que je ne reverrais plus ma mère. En dehors d’un fabricant de biscottes et sa femme, nous ne connaissions personne. Nous sommes arrivés de nuit à Limoges, à l’hôtel Moderne. Au dîner, nous avons été seuls à une table, au milieu de la salle à manger. Nous n’osions pas parler à cause des serveurs. Nous étions intimidés, dans une vague appréhension de tout.
Dès le premier jour, les gens ont conservé la place qu’ils occupaient au départ et ils n’en ont jamais changé jusqu’à la fin du voyage. Au premier rang droit, devant nous, deux jeunes filles d’une famille de bijoutiers d’Y. Derrière nous, une veuve, propriétaire terrienne, avec sa fille de treize ans, pensionnaire d’une institution religieuse de Rouen. Au rang suivant, une retraitée des postes, veuve, également de Rouen. Plus loin, une institutrice laïque, célibataire, obèse, en manteau marron et sandalettes. Au premier rang gauche, le fabricant de biscottes et son épouse, puis un couple de marchands de tissus-nouveautés, de la petite ville côtière, les jeunes femmes des deux chauffeurs de car, trois couples de cultivateurs. C’était la première fois que nous étions amenés à fréquenter de près, pendant dix jours, des gens inconnus qui étaient tous, à l’exception des chauffeurs de car, mieux que nous (…)
J’ai pris plaisir à découvrir les montagnes et une chaleur insoupçonnable en Normandie, à manger midi et soir au restaurant, à dormir dans des hôtels. Pouvoir me laver dans un lavabo, avec de l’eau chaude et froide, était pour moi le luxe. Je trouvais – comme je le ferai tant que je vivrai chez mes parents, et peut-être, critère d’appartenance au monde d’en bas – que c’était « plus beau à l’hôtel que chez nous ».  À chaque étape, j’étais avide de voir la nouvelle chambre. J’y serais restée des heures, sans rien faire, juste être là.
Mon père continuait de manifester de la défiance à l’égard de tout. Durant le trajet, il regardait la route, souvent escarpée, et se montrait plus attentifs à la conduire du chauffeur qu’au paysage. Le changement continuel de lit le dérangeait. La nourriture lui important beaucoup et il se montrait circonspect vis-à-vis de ce qu’on nous servait dans l’assiette, que nous ne connaissions pas, jugeant avec sévérité la qualité des produits ordinaires, comme le pain et les pommes de terre, qu’il cultivait dans son jardin. Dans les visites d’églises et de châteaux, il restait à la traîne, paraissant s’acquitter d’une corvée pour me faire plaisir. Il n’était pas dans son élément, c’est-à-dire dans une activité et en compagnie de gens correspondant à ses goûts et à ses habitudes.

La honte

Personne ne peut imaginer – Michela Marzano

Personne ne peut imaginer combien j’ai dû me battre pour accepter l’idée de vivre sans toi. Parfois je n’arrive pas à comprendre moi-même comment j’ai pu continuer à me lever le matin, à m’habiller, à sourire de nouveau à ton frère et à parler avec ton père (…) Giada, sais-tu que maintenant je lis énormément ? Tous les livres que je n’ai pas lus avant, même s’ils sont compliqués, même si au début ils demandent un effort parce qu’on ne comprend rien (…)
En réalité, on ne guérit jamais de la douleur, mon poussin.
Enfin, si.
Partiellement.
Enfin.
Parfois je me surprends à sourire et à regarder une chose avec tendresse. Et durant un instant je cesse de respirer – comment s’autoriser à sourire ou à éprouver de la tendresse quand toi, qui n’es plus là, tu ne pourras plus jamais en éprouver ?
Alors je me traîne à nouveau, fatiguée, et je me laisse traverser par la vie. Puis il suffit d’un petit rien et je me ressaisis. La voix de ton frère me parvient claironnante parce qu’il a réussi son examen – Je l’ai eu, maman ! (…)
Ton absence s’étend sur toute chose, et tu me manques à en mourir – quand j’y pense, c’est toujours le même pincement au coeur, le même ciel noir, le même précipice.
Mais la vie doit continuer (…)
Maintenant, tout est différent. Maintenant, j’entre dans mes souvenirs et je t’attends.
J’entre. Et au bout d’un moment tu arrives, souriante, je te revois enfant, quand tu prenais ta petite chaise rouge et t’asseyais à mes côtés pour que je te raconte une histoire ; et tu m’écoutais les yeux écarquillés, attentive, t’énervant si j’oubliais un détail ou changeais quelque chose.
J’entre. Et au bout d’un moment tu arrives, et tout redevient comme avant, ta voix, ton sourire, ton odeur, ta propre odeur, Giada, celle que maman respirait quand elle te prenait dans ses bras et te serrais trop fort, que tu étouffais.
J’entre. Tu arrives. Et j’entends les battements de ton coeur, je les compte mentalement, je les note sur une feuille – trésor, tu es brûlante (…)
J’entre. Tu arrives. L’amour est sans confins.
C’est pour ça qu’il est parfait.

L’amour qui me reste

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