Personne ne peut imaginer combien j’ai dû me battre pour accepter l’idée de vivre sans toi. Parfois je n’arrive pas à comprendre moi-même comment j’ai pu continuer à me lever le matin, à m’habiller, à sourire de nouveau à ton frère et à parler avec ton père (…) Giada, sais-tu que maintenant je lis énormément ? Tous les livres que je n’ai pas lus avant, même s’ils sont compliqués, même si au début ils demandent un effort parce qu’on ne comprend rien (…)
En réalité, on ne guérit jamais de la douleur, mon poussin.
Enfin, si.
Partiellement.
Enfin.
Parfois je me surprends à sourire et à regarder une chose avec tendresse. Et durant un instant je cesse de respirer – comment s’autoriser à sourire ou à éprouver de la tendresse quand toi, qui n’es plus là, tu ne pourras plus jamais en éprouver ?
Alors je me traîne à nouveau, fatiguée, et je me laisse traverser par la vie. Puis il suffit d’un petit rien et je me ressaisis. La voix de ton frère me parvient claironnante parce qu’il a réussi son examen – Je l’ai eu, maman ! (…)
Ton absence s’étend sur toute chose, et tu me manques à en mourir – quand j’y pense, c’est toujours le même pincement au coeur, le même ciel noir, le même précipice.
Mais la vie doit continuer (…)
Maintenant, tout est différent. Maintenant, j’entre dans mes souvenirs et je t’attends.
J’entre. Et au bout d’un moment tu arrives, souriante, je te revois enfant, quand tu prenais ta petite chaise rouge et t’asseyais à mes côtés pour que je te raconte une histoire ; et tu m’écoutais les yeux écarquillés, attentive, t’énervant si j’oubliais un détail ou changeais quelque chose.
J’entre. Et au bout d’un moment tu arrives, et tout redevient comme avant, ta voix, ton sourire, ton odeur, ta propre odeur, Giada, celle que maman respirait quand elle te prenait dans ses bras et te serrais trop fort, que tu étouffais.
J’entre. Tu arrives. Et j’entends les battements de ton coeur, je les compte mentalement, je les note sur une feuille – trésor, tu es brûlante (…)
J’entre. Tu arrives. L’amour est sans confins.
C’est pour ça qu’il est parfait.

L’amour qui me reste