Restera ? ne restera pas ? À peine paru, un livre aujourd’hui provoque ces questions, du moins parmi ceux qui se demandent « s’il vaut la peine de lire ». Questions naïves, sans vraie réponse, mais qui sont l’antidote de l’effet immédiat du succès, et qui viennent le doubler, parfois par dépit, par jalousie ou paresse, en soulevant le soupçon prophétique d’un « point de lendemain ». Les arguments statistiques ne manquent pas pour justifier le soupçon – sans beaucoup troubler,  sur le moment, la fête médiatique qui s’organise autour d’un prix, d’un lancement, d’une longue présence dans le palmarès des meilleures ventes.
L’habitude est prise que le succès aille au nouveau, à ce qui est écrit comme on n’a jamais écrit, senti comme on n’a jamais senti – en secret accord avec un monde qui change et que nous voulons voir changer. « N’apporte rien de nouveau » est un verdict de mort, qui tue un livre dès le comité de lecture – c’est-à-dire dans ces limbes redoutables qui s’interposent entre la machine à écrire de l’écrivain et les presses d’où « sort » le livre. Mais quelques lecteurs, beaucoup peut-être, se demandent en jugeant un « vient de paraître », s’il sera relu lorsqu’il ne sera plus nouveau. Le bon critique est celui qui parie juste, qui prédit une mémoire future et qui, par lui-même, contribue, d’abord à ses risques et périls, au succès présent. Il devine du renouvelable dans l’oeuvre qui ne sera plus nouvelle.

Présence des classiques ?