Elle me raconte. Elle me raconte son amour déçu. Elle me raconte cette partie de sa vie tout en me versant du Champagne dans la jolie coupe. J’en suis à la troisième quand même. Je suis ce samedi matin-là, dans une boutique à la mode, disons-le, dans un quartier ultra protégé où je passe rarement. Au premier étage il y a le salon d’essayage où j’ai trouvé « l’objet de mon désir », et, attenante, une splendide terrasse ouverte, au calme. C’est là qu’elle se confie. Elle, la jeune vendeuse, qui est-elle ? Une jeune femme brune, mince dans sa tenue sombre de rigueur, une trentaine d’années, un merveilleux regard,  beaucoup d’intelligence dans le comportement, les propos. Elle m’a adoptée d’emblée. Je sais pas comment. Elle a aimé je crois quand, choisissant l’évidence, le long imperméable vert, tout en souplesse, au noir, plus court et raide, j’ajoutai : « Mon mari aurait été  heureux de me voir avec ». Emue d’un coup, elle me demanda. J’ai répondu. Toujours émue, elle confirme que ce choix est le bon. Non pas comme on le dit mécaniquement, elle le pensait vraiment. Me dit que je le porte de façon moderne (ça m’a fait rire). Je veux régler alors. Elle ajoute, souriant  : On ne va pas se quitter comme ça ! et proposé un café ou pourquoi pas du Champagne. Champagne ! qu’elle ne pouvait partager avec moi, « Nous n’avons pas le droit ». – Vous asseoir, vous pouvez ? – Oui. Et c’est ainsi qu’elle raconta. D’abord le travail, attentive, intuitive, elle l’aime ce travail, puis la rencontre, Lui, beaucoup plus âgé, la cinquantaine finissante. Un coup de foudre improbable. Au début, chacun chez soi ; les rendez-vous, les conversations, les balades, le plaisir d’être ensemble ; assez vite il lui demande de venir partager son appartement. Là, évidemment la différence d’âges a fait le job. Implacable, la catastrophe au jour le jour, petit à petit il a voulu régir sa vie. Lui, savait. Chagrin. Trop de chagrin. Elle est partie, se concentre sur son travail et, radicale, ne veut plus aimer.
À moins que…, lui ai-je répondu aussi sec.
Un beau sourire de complicité alors, et Sabrina pointa un doigt vers le Champagne.
J’ai dit  banco !