Vous êtes une femme douce, m’a dit cet homme, il quittait la table du petit resto où il était assis près de moi ; comme s’il avait fait le compte et me présentait l’addition. Il ajoute,  sur ce même ton, calme, désolé pour moi : Les femmes douces font un peu peur vous savez. Je ne sais ce qui en moi l’amena à cette conclusion. Je mangeai la pasta. Je n’ai pas argumenté. Suis retournée à mes linguine, au verre de vin de Toscane, attristée un rien, je dois bien le reconnaître. Il m’a fait mal. Ne lui ai pas dit de s’asseoir face à moi pour en discuter. Je m’en veux aujourd’hui. Rédhibitoire la douceur ? Tiède la douceur ? Mièvre la douceur ? Sans caractère la douceur ? Accaparante la douceur ? – Ma pensée, heureusement, me mène alors à me rappeler, approximative, cette phrase de Sollers sur Vivant-Denon  : Avoir du caractère, ce n’est pas systématiquement avoir mauvais caractère. Je la fais mienne désormais. Ras-le-bol. Je la revendique cette douceur et lui sais gré d’être encore là, malgré les drames et les pleurs. Elle est alliée à la gaieté. Elles me préservent. Anne Dufourmantelle dit que la douceur est une énigme.
La douceur, pas une femme douce.