Il fera beau sûrement. Il est encore tôt, fenêtres ouvertes, la voix d’une voisine au téléphone, pas dérangeante, les oiseaux, les roucoulements, les Nocturnes de Chopin. Je les aime ainsi, en matinées printanières, avant que le soleil ne chauffe.  Fleurs et plantes arrosées, me suis laissée guider, vers mes carnets, dans le bureau. Pourquoi cet ancien carnet ? Le premier ; ouvert peu de jours suivant notre mariage civil avec Urli. Nous nous sommes mariés un an après la mort de Laura. Entre trois amis. Et un déjeuner dans les ors de Versailles. Très vite, Urli a voulu faire bénir nos alliances. En duo, sommes entrés dans la petite église toute silencieuse. Roméo et Juliette. Une jeune femme brune priait, assise au premier rang. Urli mit  quelque monnaie dans le tronc près de Sainte Thérèse, pour  trois cierges, qu’il alluma. Il sortit maladroitement les écrins de sa poche. Prit les alliances et, timidement, lui, le magnifique, s’avança vers le bénitier. –  Et nous sommes partis au Louvre. Un des beaux moments de ma vie. Rentrant, j’ai trouvé ce cahier provenant d’un musée. Quand je pense au nombre d’heures qu’Urli a dû passer à m’offrir carnets, cahiers, crayons, et livres, j’en ris. C’est important d’aimer. Plus important est de savoir rester amoureux. – Des interruptions parfois, des mois sans rien noter, c’est pas grave. – Suis passée des cahiers à spirales, au Moleskine à couverture souple, noire, feuilles unies blanc cassé. Je déteste les papiers blanc d’hôpital. Le bruit du stylo sur ce papier, j’adore ça.  Mais là, sans nostalgie, j’vais piocher, je voudrais retrouver les notes sur les rêves du matin, ceux qui vous réveillent d’un coup.