cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Hémophile

Il y a cette information qui passe à la télévision, les enfants hémophiles. D’un coup, me ramène à mes souvenirs cet amoureux d’adolescence. Un charme fou, cheveux longs ondulés, blonds foncés. Il était ami avec un de nos copains de banlieue et habitait je ne sais quelle province. Venu passer quelques jours chez lui, la rencontre se fit un jour de fête. Je riais sûrement lorsque je sentis comme un point de chaleur dans le dos. Me retournais. À l’écart, contre un mur, un rien dans l’ombre d’une porte, il me regardait. J’ai aimé ce regard. Gentil. Comme l’écrit si bien Siri Husvedt à la dernière ligne d’Un été sans les hommes, « Laissez-le venir à moi ». Il vint. J’avais quoi, 16 ans, peut-être le début de mes 17 ans. Lui aussi. Pendant quelques jours nous nous revîmes. De longues promenades dans ces banlieues qui se transformaient. Restaient encore quelques jolis jardins et parc avec vue lointaine sur Le Bourget. Et Paris, à deux pas. Un après-midi, soudain, il s’est mis à pleuvoir. Main dans la main nous avons couru pour nous abriter. Soudain, il s’affaissa. Il m’expliqua son mal. On lui interdisait de courir, trop nager, panique à la moindre blessure, hémophilie…. mais il pouvait écrire nos initiales sur nombre de troncs d’arbres et ne s’en privait pas. Je crois que je n’ai pas saisi son quotidien drastique. Il aimait suivre le dessin de mes lèvres avec ses doigts. Deux gamins.

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Pourquoi Sollers,

  1. Caroline D.

    Beau .

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