Beau jour, le jour où Urli m’offre Femmes, paru quelques années auparavant. Splendeur du titre. Jamais lu Sollers. J’ouvre sur la citation de William Faulkner : Né mâle et célibataire dès son plus jeune âge… Possède sa propre machine à écrire et sait s’en servir. – Malin, non ? Je tourne quelques pages blanches. Et je lis ça :

« Depuis le temps… Il me semble que quelqu’un aurait pu oser… Je cherche, j’observe, j’écoute, j’ouvre des livres, je lis, je relis… Mais non… Pas vraiment… Personne n’en parle… Pas ouvertement en tout cas… Mots couverts, brumes, allusions… Depuis tout ce temps… Combien ? Deux mille ans ? Six mille ans . Depuis qu’il y a des documents… Quelqu’un aurait pu la dire, quand même, la vérité, la crue, la tuante… Mais non, rien, presque rien… Des mythes, des religions, des poèmes, des romans, des opéras, des philosophies, des contrats… Bon, c’est vrai, quelques audaces… Mais l’agrandissement, le crime énervé, l’effet… Rien, ou presque rien, sur la cause… LA CAUSE.
Le monde appartient aux femmes.
C’est-à-dire à la mort.
Là-dessus, tout le monde ment.
Lecteur, accroche-toi, ce livre est abrupt. Tu ne devrais pas t’ennuyer en chemin, remarque.  »

… et depuis ces lignes, pas un livre nouveau que j’ouvre sans me demander si je saisis bien tout. Cet homme m’a appris à savoir lire. À m’interroger. Avec Femmes j’ai compris pas mal de petites choses et de grandes choses. Mais, le beau de l’affaire, il mit des mots sur ce que je suis, ressens sans avoir su l’exprimer  avant. Il m’a appris. Appris sans cesse. Je ne savais pas que j’étais dans un tel dénuement, que j’avais si faim. Je m’en donne à coeur joie et c’est bien comme ça.