cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Aujourd’hui, j’ai envie de me répéter,

Est-ce dû à l’effet de ce Champagne matinal ? Pas certain. Aujourd’hui, à l’instant, j’ai envie de me répéter… J’ai envie de fouiller dans tes poches, moi qui ne l’ai jamais fait. Envie de trouver ces multitudes de petits papiers sur lesquels tu notais à la va-vite les livres dont je te parlais. Tiens ! Sollers sort un roman un essai ! Tiens !.. Avais-tu seulement conscience à quel point tu étais irrésistible quand tu faisais ça. J’ai envie de te retrouver me serrant pour m’apprendre la mort de Sagan. Juste ces mots. « Bonjour tristesse ». Le truc c’est ça. Avec toi, j’ai toujours eu envie. De toi, d’abord, ta peau. Marcher près de toi. De lire. De parler. De rire. Partager ta table. L’envie toujours de faire quelque chose ensemble. Les silences aussi étaient délicieux. Tu vas bien ? J’adorais te regarder choisir un fruit, des légumes. J’aimais ta cuisine. Tu avais le sens des saveurs. J’ai envie d’aller avec toi de nouveau, quand un jour tu me dis : « Viens, je t’emmène quelque part ». Je n’ai pas compris. Berluti. Tu m’as expliqué. Ton père, mort alors que tu avais 9 ans. Ta maman, sans ressources, devant travailler dans un pressing. Elle avait droit chaque année à des bons de chaussures pour son enfant. Tu détestais ces chaussures imposées. Pendant deux heures je t’ai regardé choisir tes couleurs. La forme de tes chaussures. Les tiennes. Je n’arrive pas à les donner, stupide que je suis. J’ai envie de me marier encore avec toi. De voyager, retourner à Venise. New York. Lever le nez avec toi. Envie de discuter politique. Je perdais toujours. Ton argumentation était sans appel. Et puis Mozart, un autre de nos liens. J’ai envie de t’entendre me dire  « Choisis! » quand Laura te rappela un jour : Maman n’a rien à se mettre. On bossait 24/7. Tu m’as littéralement saisie par la main, j’ai tout lâché, tu m’as emmené derrière l’agence, Place des Victoires, nous sommes montés au premier étage d’un magasin « Choisis ! » – J’ai gardé longtemps le long manteau chocolat. Tu étais un seigneur. Un gentil. C’est important de le dire. – Mais là, il faut que je sorte. Erri le petit chien a besoin de prendre l’air…

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  1. Caroline D.

    Touchée.

    • admin

      Merci pour ma petite histoire. Je me sens répétitive. Pardon. Effet du Champagne sûrement. Anna

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