cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Le jardin, à droite de la falaise

Je n’en reviens pas. Le chiffre me scotche. Bientôt dix ans que me voilà installée ici, dans cet appartement. À l’instant où j’entendis le son vénitien des cloches voisines, j’ai dit Oui.  Dix ans !  Cinq, six, pour moi. Quatre années à la trappe. Qu’est-ce qui s’est passé ? –  Comme il se doit, suis tombée amoureuse. Deux fois. Un premier élan. Encore un journaliste. Je l’ai fui très vite. Trop connu. Trop tout. Mais j’étais dans l’élan. Rencontre romanesque, comme j’aime, avec Clem. Encore un journaliste. Tohu-bohu de la vie avec Clem. La mort de Clem. Le gouffre. Quatre années de gouffre faut croire. Et là, clarté retrouvée, ou faux-semblant diront certains.  Envie retrouvée, ou faux-semblant diront les autres. Quelle que soit la réponse, j’ai dépensé un fric de dingue pour tout changer ici. Suis totalement irresponsable. En y réfléchissant calmement,  j’ai cependant compris un truc. Une évidence. – Je n’ai pas d’ailleurs- . Oui, je peux aller à droite à gauche chez les amis. Mais, personnellement, je n’ai plus personne. La famille est désormais un mot hors d’atteinte. Cet appartement, il est tout mes ailleurs. Intuitivement, j’ai voulu que le salon soit mon Paris ; l’endroit où l’on dîne, une province désuète. La chambre, un autre pays. Le bureau, un jardin secret. L’appartement sent bon. Il est propre. Même les endroits cachés sont nets, rangés. On y circule bien. Il est sympathique. Les copines viennent partager le Champagne… J’attends mon nouvel amoureux, puisqu’amoureux il y aura, n’est-ce pas ?
Catherine, mon amie hypno-thérapeute, sait qu’inconsciemment ça me semble improbable. Alors : « Je veux que tu fasses le pari de Pascal. Que tu y crois », ou croies, je me noie dans le subjonctif.  Nous avons fait alors une séance d’hypnose sur la confiance en soi, le passé. Me suis vue tout en haut d’une falaise. Tout autour, la mer. Il faisait beau. Elle me demande où je me situe sur la falaise. À droite. – Qu’est-ce qui prend le plus de place ? Imagine une photo. – La plus grande partie c’est la falaise. Et moi je suis tout à droite. – Catherine, inquiète. La gauche c’est le passé. La droite, l’avenir. Le passé prend encore trop de place. Sors du cadre. Imagine. – Je sors du cadre. J’ouvre à droite une petite porte de jardin en bois. – Je pense illico à Quignard, Dans ce jardin qu’on aimait. – J’avance dans ce jardin très simple, touffu,  fleuri. – Catherine me demande d’aller vers mon amoureux. – J’y vais. Il est bien là ; près d’une table. Je vois sa silhouette. Son visage, dans l’ombre. Il m’accueille, me serre dans ses bras. – Catherine : Chaque jour, va dans ce jardin.
Le plus singulier c’est que je m’orientais de plus en plus vers la droite dans le fauteuil où j’étais, j’allais tomber. Qu’importe : Je me tordais résolument pour aller vers cet avenir-là.

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Court vêtue – Marie Gauthier

  1. Même texte que l’appartement.
    Mais c’est bine aussi, deux fois :)

    • admin

      Voilà ! vous savez tout. Je suis nulle en informatique. J’ai voulu annuler le premier texte truffé de fautes. Supprimé aussi sur Twitter. Nada… Donc, se relire reste la base. Merci de votre patience.
      Mais dites-moi, je ne reçois aucun de vos textes. Vous écrivez n’est-ce pas ?
      Dites-moi. Anna

  2. Je veux dire, deux fois, c’est bien !! Aussi.

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