Les choses se décidèrent vite à l’agence de presse parisienne où nous étions Urli et moi. Etre leurs correspondants à Rome. – Tout fut facile. Déménager, le train, le foutoir, l’arrivée, trouver un appartement. Notre choix se porta sur un petit bijou dans ce qui fut l’hôtel particulier d’Anna Magnani, restructuré, Piazza Sant Egidio dans ce Trastevere de rêve.
Urli restant sur la politique, le social, et moi le cinéma, les tournages, les rendez-vous, les textes, etc… Laura, petite, refusa d’entrée de jeu d’aller à l’Ecole Française. Je lui donnais ses leçons à la maison. Et ça marchait.
L’appartement était un duplex avec de hautes fenêtres presque toujours ouvertes sur la place. Les voleurs y faisaient leur besogne. Avec astuce ils ouvraient les coffres des voitures stationnées (non romaines) « C’est à toi ? » disaient-ils. Non. Alors on y va.- Ciao ! Une fois, Urli se fit voler son indispensable sac photo, pas bien loin de là. L’acteur du film, sur lequel il réalisait un reportage le rassura : « Laisse-moi passer quelques coups de fil ». Le lendemain, le sac était là. – Rome, quoi !
C’était plus compliqué pour moi. Arriver à joindre les bonnes personnes. Compliqué. Le matin, elles ne sont pas là. On peut les avoir vers midi, la tranche horaire est limitée, à 13 heures 13 heures 30, elles partent déjeuner. L’après-midi, on les trouve pas. J’ai finalement pigé que 18 heures était L’HEURE. Une fois contactées, elles étaient partantes pour tout faire.
Pasolini était déjà mort, mais j’étais dans sa ville. Que de fois j’ai pensé à lui en prenant une glace ou un café sur cette Piazza del Popolo où il avait ses habitudes chez Rosati. Notre « secrétariat », le lieu des rendez-vous, le fameux Caffè Greco, via dei Condotti, ou la trattoria avec son jardin, pas bien loin de là.
Un jour, nous promenant, Laura entendit un miaulement. Un jeune chat, tout maigre, dans un état… Le prendre. Lui donner un nom. Nous étions jeudi. Bienvenue à Giovedi. Beethoven était son idole. J’vous assure, il entendait un morceau, il l’écoutait, sa queue remuant le temps du mouvement. S’abaissant lentement la musique finissant. Incroyable. Insensible à Mozart, indifférent au jazz, aux petites chansons.
J’aimais la rumeur de cette ville.
Et puis un jour on nous rappela à Paris. Rapidement, lasse des provocations du Rédac-Chef je lui ai très vite retourné son bureau sur lui. – Je fus virée.
Savez-vous ce qu’il me dit alors, avec un vrai sourire, une vraie sympathie, une vraie bienveillance : « Maintenant que vous partez, vous allez réussir, Anna. »
Des années plus tard, nous sommes revenus à Rome. Me suis pas faite au silence, relatif, de la Piazza, sans l’agitation des voitures, sans les sons mythiques des fameux klaxons romains.