Vous n’êtes pas au mieux de votre forme. La météo rajoute son grain de sel dans le gris et les grèves du jour. On vous appelle. Un ami vous demande s’il peut donner votre téléphone à un journaliste qui travaille sur les agences de presse françaises. Oui, bien sûr. L’appel arrive dans l’après-midi. Et la vague du bon, d’un coup vous submerge. Parler de ce qui fut un bonheur, notre agence. Urli et son savoir-faire, sa vision du futur, l’équipe, l’enthousiasme, le Champagne hebdomadaire, mon goût pour lier photo et récit. L’argent. Avec ces fonds de pension qui rachètent les agences, les grandes, puis les moins grandes. Me rappelle même plus le nom de celle qui nous racheta. Juste ce 1er rendez-vous. Men in black assis derrière un large bureau. Urli en jean et perfecto, moi ayant fait un léger effort. Nous sommes face à eux. Urli est prêt, moi pas du tout, je veux partir, je veux pas être là. Je sens bien que signer sera la fin de l’harmonie dans cette agence. Inéluctable. On ne pouvait rester seuls. La presse changeait. Il fallait nous adapter. L’argent le permettait. Les politesses d’usage, vite passées. Première question posée par l’un d’eux d’un ton d’une gravité poussée ; l’inattendu :
– De quels signes êtes-vous ?
(Je suis sidérée. Perdue, je veux me casser, ces mecs me font peur)
– Anna est Poissons, je suis Scorpion
(je veux fuir, plus rien entendre)
La sanction, claque :
Accord parfait !

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