« Tu as rencontré le Prince Charmant, tu as vécu avec lui. Il n’y aura plus jamais de Prince Charmant. Sors de ta cloche. Ne deviens pas méchante en disant des mots blessants par peur de l’abandon, sois une Reine, avec son vécu ». Pourquoi mon amie hypno-thérapeute me dit-elle cela ? Parce que je suis – j’étais – dans une relation qui devenait trop dure pour moi. J’ai pas su faire confiance au temps face à cet homme profond, plein de charme, intelligent, au rythme de vie bien établi, une vie privée qui me dépasse, détestant l’agressivité le conflit, auto-centré sur son monde. Blindé. Son temps à lui n’ayant rien à voir avec le mien. Il m’a flinguée une fois par peur. J’avais exagéré c’est vrai. Je pigeais pas son système, rigide, presque militaire je dirai. En fait, là est son équilibre ; ce qui lui permet de tenir. Puis nous nous sommes retrouvés, « parce que nous ne pourrons jamais être étranger l’un à l’autre ». Je viens de me retirer définitivement hier, dernier jour de l’année. Il m’avait adressé une lettre magnifique, encore une fois pleine de la peur de moi. Comment supporter d’être l’objet de la peur de quelqu’un ? c’est d’une violence inouïe. Cette pensée, sublime, « Je voudrais être joueur avec toi comme le sont les enfants », comment ne pas succomber ? Seulement voilà, les enfants quand ils jouent ils n’ont pas peur. Et s’ils ont peur, ils bravent la peur. On ne construit rien sur la peur. Je perdais mon naturel, ma spontanéité. Je n’osais pas lui parler d’un livre, d’un repas avec les copines, d’un corsage qui me plaisait, d’un commentaire politique… Je suivais l’injonction stricte d’une sorte de panneau mental : Ne pas déranger. Et puis surtout, surtout, c’était sans joie tout ça. Sans vie. Rarement nous nous parlions au téléphone. Ces sms, tout ce bidule, si répétitif, c’est d’un ennui. On ne ressent rien à les lire. On passe direct au suivant. Manque de simplicité, de tendresse, de politesse, de gentillesse. À-la-va-vite, des deux côtés. Peut-être je me trompe. Parce qu’il y a ce regard, ce merveilleux regard sur moi, plein de douceur sur la photo à laquelle je tiens, prise à la maison.
Ce matin, premier jour de cette nouvelle année, je respire large enfin, délivrée de cette pesanteur. C’est très physique. Surprenante émotion. Peut-être en est-il ainsi pour lui. Je suis grave, il faut le dire, parce que ce n’est pas rien de quitter quelqu’un comme lui.
Un clou chasse l’autre, dit une amie pragmatique. Suis en total désaccord avec elle, mes amoureux m’ont tous fait chaud au coeur, lui, tout autant.
Nous étions amis, nous le sommes encore, je crois.

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