cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

« Mi pare di sentir odor di femmina »

« Mi pare di sentir odor di femmina », comme eût dit don Giovanni qui, s’il était né à Venise la gaie, l’insouciante, au lieu de Séville la cléricale et claustrale, n’eût pas eu besoin de provoquer Dieu pour rendre plus piquantes et jouissives ses victoires. Il eût pris l’allure, la liberté, la désinvolture de Casanova. Chacun de ces deux types résume un tempérament national. Don Juan Tenorio ne pouvait être qu’andalou, comme Giacomo Casanova ne pouvait être que vénitien : le premier dressé sur ses ergots dans une attitude de défi insolent, le second ne chassant que pour satisfaire son désir immédiat, sans se vanter ou s’enorgueillir de se mettre en marge des lois humaines et divines. Don Juan à Venise fût revenu de son insolence et en eût rabattu de sa superbe. Amadoué par l’atmosphère ambiante, abandonnant toute envie de bravade, ne se fiant qu’à son odorato perfetto, il n’eût songé qu’à son plaisir, sans état d’âme ni orgueil de transgresser l’interdit.

Dominique Fernandez
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  1. brigitte celerier

    mais au risque de connaître les plombs, ce qui est une partie de plaisir limitée, et l’exil

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