Depuis quelques textes, je vous parle de lui. François. Un tourbillon, attachant. Sa famille vit dans le Sud, où il aime retourner. Il déambule dans ce Marais parisien qu’il connaît par coeur, et la nuit, ailleurs où il est invité, il aime la fête. Une silhouette singulière, celle d’un homme grand, athlétique, coiffé d’une queue de cheval où se mêlent au châtain quelque reste de mèches oxygénées. Une fêlure, que je partage avec lui, l’absence du père. Nous en parlons. Il dégage une certaine force, protectrice dirais-je, mais peut-être est-ce parce qu’il m’aide beaucoup. J’aime son visage marqué, comme le visage d’un homme travaillant sous le soleil, son regard est sombre et joyeux à la fois, sa voix grave a gardé un rien de l’accent du Sud, Tu vas bien ? Son rire, une bande-son. Habillé sobrement en journée d’un jean et d’un tee-shirt, il n’est absolument pas dans l’esbroufe.
Dans une rue calme de ce quartier, il vit au dernier étage d’un vieil immeuble XVIIe, un studio assez petit, tout en longueur, où il y a cette jolie fenêtre près de laquelle j’aime m’asseoir. Au printemps quelques feuillages et leur ombre donnent une lumière pleine de charme à la pièce. Le confort est a minima. Table basse, petit sofa, un canapé-lit. Le studio sent les gâteaux, le chocolat, la gourmandise. Tu veux un chocolat ? François ne déjeune jamais, se réservant pour les festivités de noctambule. La nuit. Un monde qu’il aime presqu’autant que la musique. Il me fait toujours entendre quelques airs avant que je ne parte. J’allais oublier, un atout, l’art de la conversation, il donne de l’éclat à ce qu’il raconte. Je me régale.
Ma sidération : son téléphone. Il ne cesse de vibrer. C’est insensé le nombre d’appels, de messages qu’il peut recevoir. Insensé.
Mais, le clou chez François reste, à l’évidence, la maîtrise de son art. Médium. Les cartes. Fascinant travail. Je ne vais pas ici le définir, je n’y arriverais pas, tant il varie, selon les situations, les questions posées – Soudain, il arrête tout. J’ai un flash. Il vous donne une information. J’aime voir la rapidité de ses mains comptant les cartes que j’ai choisies, la déduction des lignes de cartes superposées. À chaque fois, je suis sans voix devant les évidences du résultat. La dernière séance avec lui fut magistrale ! longue, et magistrale. Comment en rendre compte, je verrai… Et, à la fin, il est épuisé, tant il s’est donné.
Je vais rater mon train à cause de toi, mais tu as vu ça, ça valait le coup ! tu as vu ça ! Ça t’a plu ? … Prends un chocolat avant de partir !

et je l’embrasse
et je prends le chocolat
et j’ai envie de tourbillonner de chanter
et dehors, c’est déjà le soir.

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