J’ai envie de sourire. Par magie, en moi le son du rire de mon bel amoureux américain. Quelle rencontre, joyeuse. Vous la dis. Elle fait suite à la défaite de notre héroïne indésirable (Romances/1) face à son brillant journaliste blindé (Romances/2)
Bluette, nous voilà.
Un mercredi d’été, ses amis l’invitent à déjeuner dans cette brasserie parisienne où elle se sent bien. Ils guettent leur ami américain qu’elle ne connaît pas. Il fait beau, elle fait quelques pas au soleil, attendant, regardant passivement quelques vitrines d’antiquaires. D’un coup, elle est saisie par l’arrivée d’une silhouette pédalant sur un vélo rouillé, à contresens, rue de Beaune, dans un clair-obscur magnifique, un homme au charme irrésistible dont la cravate rouge voltige, là et là. Elle voudrait retenir l’instant où il la dépassera, s’éloignera à jamais. Mais non. L’inconnu est l’ami. Je rêve… Journaliste (Encore un journaliste …). New yorkais, il quitta la neige des hivers à Central Park, un appartement avec vue sur l’Hudson pour le Boston Globe. Même minceur, même chevelure, même style, plus grand que « le sien », si on peut définir ainsi cet homme blindé derrière son verre securit, qu’elle connut ce dernier printemps, lui, le revers de la médaille, la face lumineuse. Cette lumière le rend très beau. Il est brillant, drôle, charmeur, extrêmement attachant, timide juste ce qu’il faut. Elle voit son regard se poser sur le chemisier transparent qu’elle porte ce jour-là. Elle ajuste lentement sa veste en jean. Il sourit. Elle ne peut nier l’évidence, que diable, il est formidable ! Elle approuve en secret ce quelque chose de spécial entre eux, qu’elle ne peut définir, qui lui apparaît familier, précieux. Le goutte à goutte vient de s’enclencher. Dante nous l’assure, petite étincelle produit grande flamme.
Elle trouve la Providence bien plus maligne que toute son imagination. Elle lui tire son chapeau et demande la suite… qui arrivera quelques jours plus tard.
À dîner, à la maison. Touchée ! quand elle ouvre sa porte. Intimidée, elle se met en retrait avec l’idée que la présence de cet homme, ici, est un non sens. Ne pas rêver. Il repart. Mais ce soir-là, il la serre dans ses bras, divinement, il sait faire. Elle prend tout. Elle aimera leurs rires. Elle aimera les lèvres, le contact chaud, délicat sur son cou, les mots murmurés à l’oreille, il la devinera simplement en effleurant son corps de ses mains, belles… Magique. Magique.
Outre les fleurs et le vin, il lui offre un autre cadeau : l’écriture. L’écriture, qu’il enseigna à Harvard. Elle lui parle de ses bluettes. De sa réserve à transgresser la réalité. Sa pudeur. Il la fixera d’une intensité telle qu’elle n’oubliera pas ce regard, comme s’il l’empoignait à hauteur d’épaules, et fermera dira : Il faut quand même le faire, OSER, absolument. Absolument. Elle retient la leçon. Se persuade que l’essentiel de cette soirée devait être cette phrase qu’elle avait à entendre et assimiler.
Tu es mordue, ma belle ! dira l’amie quand il appellera pour dire au revoir. Il avait écrit à l’encre bleue une lettre incroyablement vivante. Tu es ma méga belle, mégawatt, méga aimée de ton minimec, à la discrète caresse, aux jolies mini tâches de rousseur. Coeur serré, gorge nouée, elle ne peut parler.
Regarde-moi, je porte un pantalon en lin bleu indigo, une chemise légère… échancrée… bleu pâle… Paris, le reverra en automne.
Il restera.
Alors, pourquoi s’obstine-t-elle à garder « le sien » toujours présent dans son corps, telle une veilleuse inutile ? Ils se revirent, ces deux-là, quelques jours auparavant, une fête encore, beaucoup de monde, il arriva en conquérant, encadrant deux journalistes femmes, signatures connues du grand journal. Mais rien n’y fit. Le même rayon les transperça quand ils s’aperçurent, les figèrent encore, un instant. Elle ne sut que faire, un ami qui l’accompagnait à la soirée, l’appela alors. Le rayon se brisa.

Comme chaque semaine ce jour-là, elle prend et prendra le journal.
N’hésite pas à l’ouvrir.
Ce léger trouble qui persiste, persistera à la vue du nom, du prénom.
À la lecture des mots.
Tant mieux, elle préfère ça à l’indifférence.
Pense, se reverront-ils ? Inévitablement.
Ils seront parfaits. La referont classique.
Facile, avec tous ces gens autour.
Et l’amour ?
Elle replie le journal.
Elle a sa réponse.
Tendresse…

Ne l’effacera pas
Ne l’oubliera pas
De lui, se libère

La fille aime la lumière et la vie, comme l’homme son verre securit, son verrou.

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