Les uns verront là une forme de chichi, des façons, des manières, un rituel. – Bref, c’est mon truc. Un truc de débutant. Quand je sais que je vais écrire une histoire qui n’est pas condensée en un billet, tout d’abord je pars me chercher de bonnes bouteilles de Bordeaux. Pas le Château de La Lagune, un ami qui a table ouverte à la maison, non. J’en choisis deux trois, parmi ces noms qui me font rêver, Pomerol, Médoc, Pauillac, Saint-Estèphe, Pessac-Leognan, ce Graves magnifique !
Ils sont là. Commencer. Le soir surtout. Je me lâche plus le soir. Trop sage en journée je suis me semble-t-il. Suis à l’aise en fait quand les idées ne sont pas claires et que je dois les dérouler, qu’importe les bifurcations, les croisements, je m’adapte la nuit. Ensuite, toujours deux carnets. Le premier, quadrillé, à feuilles safran, c’est comme ça, j’y note les mots qui me viennent, qu’ils ne puissent s’enfuir, l’autre, tout aussi précieux, le petit Moleskine souple à feuilles blanc cassé, pour des phrases, des citations, des idées.
En journée, s’il fait beau, fenêtres ouvertes, les oiseaux toujours les bienvenus, je préfère taper sans accompagnement musical sur le petit Mac rose. Juste le bruit des doigts sur les touches. Inspirant. Mais le soir, le soir, avec ce vin, les invités, ne sont pas ceux attendus, Mozart, Bach, Beethoven… Mes invités, ceux de la Soul, du Rhythm and Blues, eux, ils me donnent la niaque, l’ouverture d’esprit. Je peux jouer.

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