cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Tempo

Imaginez. Anna, début d’après-midi après deux heures d’intervention dentiste. Elle en sort, veut se promener avec le petit Erri à l’air du Luxembourg. Elle est nature, sans un brin de maquillage, une barrette lui retient les cheveux. Bref, peut mieux faire… Erri, tout à sa lenteur renifle déjà le bas du mur du jardin ; elle longe la rue Guynemer. Un homme tenant aussi un petit chien en laisse, les dépasse, se retourne soudain, lui demande où se trouve l’entrée du Jardin autorisant l’accès aux chiens. Au bout de la rue, il faut tourner à gauche, prendre illico encore à gauche, rue Auguste Comte. L’entrée face à la rue de l’Observatoire. J’y vais, je vous montre. J’habite Montmartre, pas beaucoup de jardins là-haut… Il explique le petit chien. Il l’a trouvé perdu il y a quelque temps sur une aire d’autoroute. Il traversait les voies. Il a amadoué Bébert en lui offrant un peu de jambon. Bébert s’appelle Bébert à cause d’Einstein. C’est un malin, très intelligent, dit l’homme. Dans la vie, l’homme fait des documentaires. Il lui parle de l’Andalousie. De Cadix surtout. C’est alors qu’elle le regarde vraiment. À l’évidence, rien d’un homme d’affaires, pas question de le voir un ordinateur dans un sac bandoulière noir. Il est grand, une allure d’artiste avec son duffle-coat, le charme d’un air de poète, un rien de couperose au visage. L’alcool sûrement en copain. Et ils parlent, et ils parlent. C’est un voyageur. Il a vécu longtemps sur un bateau, sur une péniche aussi je crois me rappeler, je ne suis plus sûre.
Je vous offre un café. Sortons. Allons au Petit Suisse.
Et ils parlent et ils parlent. Il lui parle de sa vie, elle lui parle de la sienne. Des livres aussi. Ils ne sont pas dans la drague. Ils sont comme deux amis qui se retrouvent d’un coup après une longue absence. Et toi, qu’as-tu fait de ta vie ? en quelque sorte. Ils échangent leurs numéros de téléphone. Il se met à pleuvoir. C’est beau. Il va falloir songer à partir. Ils traversent la rue de Vaugirard. Ma voiture est garée là. On s’appelle n’est-ce pas ?
Et elle rentre chez elle. Elle pense au Tempo. Se rappelle alors la citation de Baudelaire qu’elle mit se matin même sur Twitter « J’aime passionnément le mystère. » – Elle sourit. Mystère du Tempo.
Son téléphone vibre. Un message.

*

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  1. Muriel

    Joli !!! J aime beaucoup

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