cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Je veux du bleu

L’idée te vint ce matin de faire une addition. Rapide. Franchise du résultat. Tu te rends compte immédiatement : quelque chose ne fonctionne pas. Le temps passé avec sa femme, pratiquement égal à celui que tu passas avec lui.
Quelle dérision. Vous vous êtes rencontrées d’une façon des plus improbables, toutes les deux. Tu raconteras l’histoire un autre moment peut-être. Vous êtes retrouvées il y a peu. Elle était curieuse de toi. Vous vous êtes racontées. Et lui s’est estompé derrière vos conversations, tu t’es laissée entraîner vers l’histoire de ce couple libre. Notre couple fut métamorphosé. Mais toi, ton sujet c’est juste Lui. Tu y reviens aujourd’hui. Si tout va si bien, alors pourquoi porte-t-il tout ce poids, même si ce poids vient de loin, pourquoi cette vie de liberté ne l’allège-t-il pas, ne le renforce pas ? Pourquoi prend-il un regard si triste brusquement ? Pourquoi est-il dans le désarroi des sentiments ? Pourquoi se sent-il comme un ciel gris plein des nuages de l’orage, ne voyant pas l’espace bleu là-bas, à droite ? comme sur la photo qu’il t’adressa la dernière fois. – Bien sûr, si sa femme devait faire un texte sur toi, tu en prendrai sûrement pour ton grade. Oui, tu as fait beaucoup d’erreurs avec lui, te confirme-t-elle.
Lui et toi. Du grand Tralala. De l’effervescence. De la douceur si souvent. Des baisers, pas si souvent. Des caresses, des tas de caresses, en vrai, en virtuel.
De l’émouvant, tout le temps. Je vous envisage lui disais-tu au début.
Des mots. Des centaines de mots. Que ne vous-êtes vous pas dit ?
Lui et toi, des incompréhensions. Des impatiences. Des adieux à répétition.
Ce matin, le geste lourd, tu as envoyé le dernier. Tu sens que c’est vraiment le dernier. Il a une autre couleur que les autres. Il sent le vrai.
Je voulais tellement connaître ce que tu disais vouloir me donner dans la nuit à venir. Je voulais tellement connaître cette vague. Et puis, comble du romanesque, le matin venu, nous nous serions quittés. Sans plus se revoir jamais. Echangeant quelques mots, légèrement, sur l’air du temps, de temps en temps, pour la douceur des sentiments. Je ne peux plus t’attendre. Je ne veux plus t’attendre. Je veux du beau. Je veux du doux. Je veux du bleu.
Fini, cet lien toxique.
Fini, ce regard si doux.
Et là, tu vois ton foutu sparadrap se détacher de lui-même sans geste brut.
Tu le regardes. Tu trouves qu’il est magnifique, tombant ainsi, presqu’en tourbillonnant. Tu l’as préservé ce sparadrap. Et là, tu comprends le truc. Sotte que tu fus. Le sentiment n’est pas un sparadrap. Ne sera jamais dans un foutu sparadrap.
Même si aujourd’hui la raison des autres a gagné, même si aujourd’hui ton rêve a perdu, aime qui tu veux Anna. Ne te résigne pas. Aime-le si tu veux. Mets-lui du bleu.

*

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  1. Bennani

    J’aimerai le lire à tête reposée. Le sujet m’interesse . Je ne me partage pas je cherche à vivre

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