cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Post-Scriptum au billet « Aime qui tu veux »


C’est alors que j’ai entendu dans ma tête : Anna, réfléchis !
J’explique. – Sous la douche ce matin. Repensant à ce déjeuner de filles d’hier. Ce moment où F. me dit : Qu’est-ce que tu veux ? Ma réponse, minable, Le revoir encore une fois. Je m’écoutais parler, je pensais, pauvre fille que je suis, où je vais là ! J’étais pas au bout de mes surprises. Je sais bien que ces histoires de couple libre sont légions, mais s’entendre demander : Tu veux un week-end avec lui ?
J’étais gênée. Comme si elle gérait son planning, ses possibilités d’ouverture. – Non… Je veux juste le revoir. Lui et moi sommes dans l’inassouvi, l’inaccompli. J’ai senti illico que j’allais m’engluer dans une toile d’araignée avec ce marchandage ridicule.
Bingo ! J’y étais.
Pourquoi lui avoir demandé ça. Quel pouvoir lui ai-je donné d’un coup ?Pourquoi avoir institué un trio ? Tout ça parce qu’il y eut cette rencontre improbable ces derniers jours avec elle. Dans la rue. Sur le trottoir. Devant ma porte.
Comme si je lui devais un dû.
Au nom de quoi ?
Et je sentis la colère… la colère se faufiler dans tout mon corps.
Elle est rarement bonne conseillère chez moi. Elle fout le bordel.
C’est alors que j’ai entendu : Anna, Réfléchis ! ANNA, RÉFLÉCHIS !
Me suis séchée. Habillée. Pantalon velours noir, col roulé noir. Me suis maquillée. Coiffée. Les bagues. Le bracelet chinois en bambou, noir et argent. Le parfum, Double Vanille. Assise sur la chaise en rotin rouge et vert foncés, au dossier très haut, sur laquelle j’adore écrire en journée, l’ordinateur rose ouvert devant moi sur la table ronde multicolore.
J’ai réfléchi.
Bien m’en a pris.
J’ai ma réponse.
L’évidence en fait.
Il me faut justement savoir rester dans cet inassouvi, cet inaccompli, ce désir, ce rêve, cet amour, sans le réaliser jamais. Ce lien, de fait, devient inaltérable. Inattaquable. Indestructible. Hors du temps. L’extérieur n’ayant pas de prise sur lui. Je peux être avec lui à volonté. Partir. Revenir. Le découvrir. Me libérer de toute pudeur. M’y donner à coeur joie, sans marchandage, ni contrainte. Ma meilleure alliée ? L’imagination. Mon imagination.
Le rationnel ne manquera pas de me dire son argument phare : le temps fera son oeuvre, tu t’fais plaisir là.
Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir, nous dit René Char.
J’le dis différemment.

*










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  1. Bennani

    S’obstiner à achever un souvenir. Le projet nous fait vivre

  2. Caroline Dufour

    Et moi, je finis de vous lire et il me vient en tête ce très beau film que j’ai vu la semaine dernière : Portrait de la jeune fille en feu. Sur cet inassouvi qui devient inaltérable.

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