cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

mais nous avons droit à une heure, n’est-ce pas ?

Tête toute propre, aérée, elle va chercher quelque nourriture dans la grande épicerie du coin, besoin de se sustenter. Du salé. Elle tourne dans les rayons, met dans le caddie telle ou telle chose, etc… elle tourne, elle tourne. Tourne et choisit. Il y a peu de monde. L’imprévu arrive, comme il se doit, à son heure.
Elle heurte violemment le caddie chargé de l’homme qui arrivait en face.
Bingo ! Ses fraises qui étaient bien ménagées sur le dessus passent direct en face. Et lui, un de ses sachets fermés fait le trajet inverse.
Elle rit, elle n’en peut plus.
Il rit, il n’en peut plus.
On peut partager, lui dit-il
Que me proposez-vous ? répond-elle.
Ils regardent chacun dans le caddie de l’autre. S’amusant d’y trouver tel ou tel produit.
J’avais terminé, j’allais aux livraisons.
– Moi aussi.

Côte à côte maintenant, respectant ce mètre de séparation.
Ils ont envie de se parler, ça se sent.
Elle s’entend dire alors, comme si c’était une évidence de choisir ces mots-là, et non pas « au revoir »,
J’aimerais marcher avec vous.
Il répond avec cette même évidence :
– Nous avons droit à une heure, n’est-ce pas ?

*

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  1. Bennani

    Enfin le petit billet arrive, il détend, il décrit l’indicible avec parcimonie et simplicité. La littérature n’a pas besoin de bavardages c’ est délicieux

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