cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Mois : mars 2020

Fuguer

Bien gris ce matin parisien où je me vois nettement, face à mes contradictions, Je sens bien ce mystère, je sais que je suis absolument capable de les affronter, de les effacer, comme ça, je sais ça, et je les laisse là, s’empiler. Je suis fatiguée. Mon centre est menacé.
Je voudrais connaître l’art de la fugue. Fuguer, loin de tout ça. Fatras de foutues pensées ressassées, accumulation pour rien. Ne menant à rien. Encombrement. L’effritement en moi, je déteste ce sentiment, J’aime le solide léger, l’écoulement du temps, la belle lenteur ; simultanément ne pouvant me passer de la vivacité, de cette gaieté, de l’impossible que je crois toujours possible, depuis l’enfance.
La jouer fine, je sais pas faire, ou alors oui, dans la spontanéité, pas dans la stratégie. Alors, inutile de t’en faire, Anna, de te prendre la tête. Oublie les il faut que. N’oublie pas le Sois désinvolte, de Fabienne Verdier.
Continue.

*

L’étrange

Le bus pourrait te déposer juste devant la porte du bel immeuble, cossu, comme on dit. Tu préfères marcher. Pourquoi vas-tu là ? Es-tu là à attendre dans une petite salle de réunion où on t’installe aimablement. La machine à café est à disposition, les mignardises aussi. Servez-vous. Les madeleines, tu ne peux résister. Tu en prends une ; peinant pour ouvrir l’emballage papier. Foutu papier. Finalement la notaire arrive. Souriante. Elle te connaît bien. A connu tous tes drames. Il fallait écrire un nouveau testament. Deux amies aimées à qui tu léguais quelque chose ne sont plus là. Ces terres cuites pour l’une, les tableaux et dessins pour l’autre. Ce fut étrange d’y penser. Etrange de rédiger ces nouvelles dispositions. Etrange de ne vouloir rien laisser aux autres amis par superstition. Etrange de demander à ce que tes carnets et photos soient brûlés, à qui les laisser ? Etrange de te voir faire ça. Etrange de te savoir fragile. Etrange d’aimer la vie à ce point.
Alors en sortant tu as voulu te prendre une double glace. Vanille-Chocolat.
Tu as voulu ça… Tu as senti cette forme de liberté de pouvoir choisir.
La vie. Dégustée au bout de la petite cuiller.
Quelle ironie, quelle ironie…

*

Grand nettoyage de printemps

Toujours un plaisir de me rendre chez Catherine pour une séance d’hypnose. Nous avons fait un grand nettoyage de printemps en quelque sorte. Aujourd’hui nous avons trié, jeté l’inutile, rangé chaque sujet dans les bonnes cases. Et ce fut fructueux. Regarde-toi me dit-elle à la fin de la séance. Tu n’as plus la même tête qu’il y a deux heures. Il y a un petit miroir près de son bureau. C’est vrai, le rose aux joues revenu, gai le regard, en pole position le sourire, envolée, cette foutue fatigue.
Il y avait bien du boulot. Trop d’inquiétudes avec la vente de cet appartement, les craintes de ne pas trouver où me loger, tout ce côté « technique » de la chose qui me préoccupe, je sais pas faire, me suis sentie toute seule, perdue, face à ces masses de papiers à venir, et puis, ces incertitudes sur l’avenir, la lassitude qui pointait le bout de son nez, les déceptions, la paresse intellectuelle, le manque de courage, que sais-je… bref, tout ce qui tourne pas rond en nous. On a fait le tri. En fait, c’est moi qui le fait ce tri en fonction des questions de Catherine sur chaque sujet. Passionnant. Cette lucidité qui revient. S’installe. Vous renforce. Je vous épargne le processus technique. Précis. Il est très photographique en fait et ça me plaît ce système, je m’y retrouve.
Ce n’est pas toujours aussi facile. Je peux terminer une séance en étant secouée par un flot de larmes. Epuisée. Comme lorsqu’elle me fit dire adieu à Clem, à Laura. Parfois ça ne fonctionne pas, le corps ne veut pas. Mais généralement, comme aujourd’hui, ça roule…

*

Page 2 of 2

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén