cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Mois : avril 2020

Paraggi

Les vacances de Pâques pour la zone parisienne.
D’un coup, je suis ramenée à celles où nous partîmes pour la première fois à Santa Margherita, perle protégée à 30 kilomètres de Gênes. Soleil au départ. L’autoroute, la musique de Prince je crois me rappeler. L’arrêt déjeuner chez Greuze à Tournus. Obligatoire. Bifurcation à Mâcon, direction le tunnel du Mont Blanc. Descente vers Gênes. La ville araignée. Les ponts, les ponts, les ponts. L’autoroute, Rapallo. La sortie. Et là, me rappelle l’émerveillement d’Urli, au tournant de la route descendant vers la ville, la vue plongeante sur Santa Margherita. Epoustouflé Urli. Je connaissais déjà, j’étais venue avec Maman, alors, je l’ai regardé, lui. Puis, l’hôtel, sur les hauteurs. La vue, la vue sur cette baie. Si on prend la corniche qui mène à Portofino, une autre surprise s’offre alors en chemin. La petite plage de Paraggi. Toute cette zone est protégée. Aucune construction possible. Et ce fut délicieux. Nous avons déjeuné là, bien des fois, seuls les restaurants étaient ouverts, aucune installation de plages. Moments de plénitude. Vraiment. Verre de Grappa en main.
Vous mets les photos

Santa Margherita
Paraggi

D’entrée de jeu

D’entrée de jeu, pourquoi places-tu systématiquement tes amoureux sur un piédestal me demande Catherine ? Et toi, pourquoi fuis-tu dès que l’on te place sur un piédestal ?
Catherine et ses questions…
Que répondre ?
Comment répondre.
Je pense que l’admiration n’est pas un mal. Tant pis si on se trompe.
Dernièrement, je me suis trompée. Aucun regret. Au contraire.
Erri soutient que l’admiration est une émotion sacrée, mêlée d’aucun désir, imitation ou possession. On ne peut mieux dire. Une émotion sacrée.
Quant à savoir pourquoi je fuis…, elle a raison…, par paresse peut-être.
Cette foutue histoire de ne pas être à la hauteur.
Peut-être pas.

*

Soudain,

Ce matin, très bleu, très frais, très beau d’où je suis, mon corps refuse absolument d’écouter la moindre information. D’ouvrir le journal dans lequel des pages restent à lire. Une des mains saisit dans la bibliothèque du salon un roman de Sollers. Elle sait ce qu’elle prend. « Les voyageurs du temps ». Page 144-145, ce passage qui me bouleverse à chaque fois. Il est en moi.


« Vous titubez, avouez-le, dans l’angoisse, les ennuis, le brouillard, l’erreur, l’oubli. Vous n’osez même plus dire de vous-même : « Je pense, donc je suis. ». Les jours passent, petits plaisirs, chagrins, deuils, brèves éclaircies, bavardages, soucis. Pas une seule présence ne vous aide.

Soudain, tout se passe comme si vous vous entendiez avec une force de lumière: vous êtes rassemblé, solitaire, célibataire, unifié. Vous entrez dans un royaume toujours présent, toujours actuel, dedans enveloppant dehors, dehors enveloppé par dedans, invisible dans la pensée de l’invisible, vous êtes un vivant issu du vivant, un sauveur qui se sauve lui-même. Vous avez été empoisonné par vos Parasites, vous guérissez (…)

Ce monde est un hôpital de fous, une noria, une roue qui veut vous entraîner loin du paradis de lumière.

*

Les draps

Le bleu, en haut. Le vert s’étoffe, en bas. Les oiseaux, entre les deux. Et puis là, à ce quatrième étage de cet appartement dans cette rue-là, l’appartement qu’il faut aérer, nettoyer, peut-être plus que d’habitude en ce moment.
Le lit défait. Chaque matin, le mettre en ordre. Toujours cette fêlure. Quotidienne. Ni plus ni moins piquante jour après jour. La fêlure du lit défait.
La fêlure du lit à moitié défait.
Je sais ça depuis le temps. Rien n’y fait. J’ai vécu avec Clem après la mort d’Urli. Rien n’y fait. La fêlure, qui n’a rien à voir avec l’absence, je pense, plutôt liée aux gestes d’amour aux étreintes aux baisers aux rires aux conversations nocturnes aux silences délicieux d’être à deux côte à côte. Comment faire alors?Je ne me pose plus la question. Je fais le lit. Cette fêlure finalement est terriblement vivante.

*

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