… et puis un jour j’eus trente ans.
Urli très sérieux mais vraiment très très sérieux se plante devant moi, me tient les épaules comme s’il devait m’annoncer une mauvaise nouvelle qui allait me fracasser : Voilà, tu as trente ans, jamais plus je ne te souhaiterai ton anniversaire. Tu restes à jamais mon éternelle fiancée. Comment vous dire : je jubilais. Il y avait une telle fantaisie dans ces mots. Et le temps passa.
J’étais toujours l’éternelle fiancée.
Un jour, nous étions garés dans le parking Place Vendôme, pour je ne sais quel rendez-vous dans le coin. Nous marchions sur la place, qui fut toujours une des préférées d’Urli. Il aimait cette colonne, cet espace. Pense à Courbet me disait-il… Mais mon regard ce jour-là fut attiré par une vitrine, la vitrine de Cartier. Je vois une très fine bague, avec juste une aigue-marine et quelques petites pierres autour. Très 1930. Rien à voir avec les diamants rutilants que l’on peut aussi trouver ici. Je ne suis pas une folle de bijoux, mais là, cette petite bague, j’eus un coup de foudre. Mais bon… je n’ai rien dit. Mais il a vu.
C’est ainsi qu’un midi à la maison un jour, il m’offrit un cadeau. Mes joues devinrent aussi rouges que la petite boîte que j’avais dans les mains. Je n’osais pas l’ouvrir. J’étais muette. Et puis lentement j’ai soulevé le petit couvercle. Elle était là ma jolie bague. Maintenant tu es vraiment ma fiancée.

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