Elle pourrait sembler désarmante cette gamine qui du haut de ses quelques années n’a pour meilleure copine que le miroir rectangulaire d’une armoire à trois sous dans la pièce de ce deuxième étage où elle vit dans cette maison de la banlieue rouge de Paris. Elle s’assied sur un tabouret, se met face au miroir, raconte à sa copine des histoires de petites filles de 7 ans…  Son imagination va bon train sûrement.
Blonde comme les blés, elle aime la douceur, les rires soudains pour n’importe quoi. Elle est gaie de nature. Ne se pose aucune question existentielle. Pourquoi suis-je si blonde ? maman, si brune si italienne, pourquoi n’ai-je pas de père près de moi, comme les copines ? Pourquoi passer toutes ces vacances face à un miroir au lieu de connaître les plaisirs de l’extérieur. La rébellion, elle ne sait même pas que ça existe. Elle voit déjà tout en beau. Ses histoires à l’amie du miroir finissent toujours bien, jamais de colère ou de drame. Il était une fois…Elle en est là, vivant entre femmes. Sa grand-mère adorée et sa maman, puis sa maman un jour partant tout là-bas en Afrique, arrivera une tante bien silencieuse, mais qui l’aidera à se laver la tête. L’emmènera au cinéma. Elle découvrira avec elle les péplums du moment. Innocente, elle ne sait pas qu’elle va être subjuguée à vie par les bruns héros des films. Les bruns baraqués. Hercule c’est son idole. Steve Reeves. Insensible sera au charme de Fanfan La Tulipe. Oui, pourtant découvrira là ce dix-huitième siècle. Là naîtra une passion pour l’histoire. La petite histoire.
Ecolière disciplinée, elle aime ça lire les lignes, écrire sur les lignes. Elle aime les mots sans savoir qu’elle les aime. Elle aime. Cette petite fille aime.
Tout un monde lui échappe. Elle ne se pose pas de questions. Prend ce qui vient. Accepte ce qui vient dans cette maison où elle vit. 

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