Ce matin, tu n’aimes pas ça. Cet abattement incompréhensible, comme un chagrin qui te noue le coeur, une peine, alors que tout est bleu autour de toi, dans ta vie en ce moment. Les pigeons qui s’en donnent à coeur joie, les abeilles, regarde, elles sont déjà là autour des jasmins, un léger vent qui rend l’air tout doux et odorant. Ces amies qui t’envoient des messages, certains si drôles. Ce rétrécissement de la pensée tu ne l’acceptes pas. Tu ne veux pas te laisser embarquer par cette insatisfaction, l’envahissement du négatif. Alors, tu commences par le basique. Faire le lit. Laver les quelques tasses de café qui traînent. Passer l’aspirateur. Une douche. Mettre la musique. Tu oublies Don Giovanni et repars vers Kind of Blue. Écriture de quelques lignes sur ton Carnet noir. Mais tu la sens la fragilité. Tu la sens qui pointe le bout de son nez par ces mots que tu écris. Tu n’as pas le remède, pas la force, alors tu sais que tu dois chercher ailleurs. Pas envie d’aller marcher, pas maintenant. Tu veux rester là ce matin. Il est quoi ? à peine plus de 9 heures. Plusieurs livres sur la console attendent d’être rangés dans les bibliothèques. Tu en prends un parmi eux sans regarder titre ou auteur. Le retourne, l’ouvre. « La confiance est la clé. Sans elle, rien ne serait possible, le geste que je tente n’aurait pas lieu, mon bras se perdrait loin de moi, je ne trouverais pas les mots que je cherche. Heureusement les voici. La confiance est le chemin sûr. Elle ouvre la voie, elle fleurit, elle parle… » Désir, Sollers.
Tu gardes la clé.

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