On les trouve au sud de Castelvetrano, au bout d’une petite route à la sortie de Campobello di Mazara. Leur existence n’est signalée nulle part (…)
Le vallon est creusé au pied d’une falaise, sur les parois de laquelle, entre le figuier et l’olivier sauvage qui croissent dans les fentes, se voient encore des marques verticales et horizontales. D’une précision et d’une netteté géométriques, ces entailles indiquaient les blocs à découper dans la muraille. On estime à cent cinquante mille mètres cubes le volume des matériaux extraits. Sélinonte comptait plus de cent mille habitants et pas moins de huit temples. Dans l’herbe gisent des blocs déjà détachés de la falaise et découpés, mais abandonnés après la destruction de la ville ; les uns bien taillés et finis, les autres à l’état d’ébauches. Tambours de colonnes, chapiteaux lisses ou garnis de cannelures (vingt en moyenne), fragments d’entablement : tous ces colossaux débris, restés sur place depuis vingt-cinq siècles, étalés sur le gazon ou renversés l’un sur l’autre attestent l’énormité de l’entreprise (…)
Un tapis de fleurs jaunes recouvre au printemps ces premiers exercices de l’humanité. Des chèvres broutent entre les pierres destinées à la gloire d’Apollon, et le bourdonnement des abeilles anime encore ce vallon délaissé. Le lézard, la scolopendre, l’acanthe, la renoncule, enfin l’ache (selinon) qui a donné son nom à la ville et ornait ses monnaies, prospèrent au pied des tronçons de cylindres. Rongés par la pluie et par la mousse, creusés de rigoles, le grain des aspérités à nu, ils mesurent de 2,50 à 4 mètres de longueur et de 3 à 3,50 de diamètre. Rien de plus émouvant que ce combat titanesque de l’homme contre la pierre. Ainsi Michel-Ange, en expédition dans les montagnes de Carrare, marquait d’une encoche et d’un grand M le volume de marbre d’où il pensait tirer une statue.