C’est un samedi matin. J’entends dans la cour couler l’eau dans le lourd arrosoir de Carmina qui va arroser les plantes dans les gros pots. Je les aime ces plantes. Des résistantes… Carmina, un moment, rit avec une amie. Je ne comprends pas le portugais mais, les entendre ces deux-là, est d’une gaieté toute simple. Elles sont extrêmement sympathiques. Des femmes fortes. Carmina ne voit son mari que le week-end, en semaine il travaille hors les murs de la ville. Ça me semble dur, qui ai-je dit un jour. Non, ça va. Me répondit-t-elle. On a à se dire quand il revient. C’est elle qui sort Erri lorsque je dois aller là ou là. — L’enfant de l’appartement du dessus grandit, ses pas sont plus longs, moins hésitants. Il prend confiance. Et pleurniche toujours autant si on lui dit non pour je ne sais quelle raison. Sa mère, une napolitaine gentille et explosive, le père, un mystère. Leurs disputes, tonitruantes. Elle, exaspérée, lui, calme, froid. Un jour, lui ai dit, à elle, Arrêtez de vous disputer, la vie est surprenante, tout peut s’arrêter d’un coup, d’un claquement de doigts, et lui ai caressé une joue. Depuis, ils se sont calmés. Tant mieux pour l’enfant. — La voisine de palier n’est toujours pas revenue de sa province. J’ai de l’admiration pour elle. Son parcours. Sa culture. Sa gentillesse. Son humour. Avec son mari elle a parcouru le monde, le parcourt encore. J’adore prendre un verre avec eux sur leur petit balcon. Ils m’aiment bien, me conseillent. M’éclairent. J’écarte mes oeillères avec eux. Je savais pas qu’elles revenaient à répétition ces foutues oeillères. — Un jardinier du samedi matin ratisse le gravier dans un des petits jardins des maisons en bas de l’immeuble, de l’autre côté de la cour. Je pense à d’Ormesson à chaque fois que j’entends ce bruit qui m’apaise sans raison.
Mais, ce qui me rend bien ce samedi matin de juillet, c’est sentir cette foutue envie d’écrire mes bidules qui revient. Ce picotement au bout des doigts. Ce plaisir.


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