Ça sert de classer sa pile de papiers divers. Tenter de retrouver une foutue réponse d’une quelconque Société que vous ne retrouverez pas d’ailleurs dans cette pile-là, mais vous tomberez sur bien mieux. Un rappel. Des mails imprimés de Clem, oubliés là ceux-là. Me rends compte que j’ai peu écrit sur Clem. Imaginez, en un an et demi, nous avons échangé plus de 4000 vraies lettres manuscrites, messages, cartes postales Rive Droite/Rive Gauche…
4000… L’écriture, ce fut son truc à Clem. Le Journalisme en majuscule. New York sa ville, même si professionnellement il la quitta à regret pour Boston, le prestigieux Boston Globe. La langue française, son autre amour. Il ne vous parlait pas de Molière, non, lui, il citait Jean-Baptiste Poquelin, pareil pour François-Marie Arouet. Voltaire n’a jamais eu de meilleur ami.
Clem, je dirai que c’est d’abord un visage. Une voix. Une présence. Le tout embué du charme que donne le côté sexy involontaire. Un rire, un rire qui vous transportait immédiatement dans ses délires. Que j’ai pu rire avec lui.
Des mains larges, un peu épaisses, qui, vous caressant, vous rendaient folle par leur agilité, leur connaissance insensée de votre corps.
Clem c’est un homme pour qui la prière est essentielle. Il faut prier chaque jour me disait-il. Un homme désespéré depuis plus de vingt ans. Un homme qui s’est perdu dans l’alcool et le blues.
Je t’aime, Où es-tu ?
L’attendant avec les amis pour la fête d’anniversaire, je lui ai envoyé ces derniers mots. Je savais que je n’aurai pas de réponse. J’ai senti le vent de sa mort traverser le blouson à paillettes que je portais ce soir-là, ce ridicule blouson à paillettes que je voulais alors m’arracher, envoyer paître.
Je t’aime de mon âme. Ses mots.

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