Hier matin j’étais bien patraque en me levant après une nuit d’insomnie, de malaises. J’ai sorti Erri misérablement, fais quelques pas à l’extérieur. Je n’y arrivais pas. Alors, j’ai appelé Carmina.
Carmina s’occupe de plusieurs loges dans le quartier. Elle veille sur nous depuis que Rosa est en arrêt maladie. D’un sérieux à tout va, d’une ponctualité irréprochable, elle sort et entre les poubelles, distribue le courrier, arrose les grands bacs de la cour, la nettoie à coups de jets d’eau puissants, pas un centimètre carré ne lui échappe. Elle n’est pas très grande Carmina, elle a retrouvé sa teinte de cheveux naturelle, châtain, et cela lui va mieux je trouve. L’entendre chanter quand elle balaie ou rire quand elle discute avec quelqu’un est un bonheur. Sa maison est à Madère, où vit son fils et sa famille, qu’elle retrouve chaque début d’année.
Bien sûr, elle est venue aussi vite qu’elle a pu pour sortir Erri plusieurs fois. En partant hier soir, Carmina me dit : Vous savez, le passé c’est le passé. Il faut le laisser là où il doit être. Moi aussi je vis toute la semaine dans une grande solitude. Mon mari ne rentre que le week-end. Il est tellement fatigué qu’il dort presque tout le temps. Moi, je regarde la télévision. J’aime bien regarder la télévision. Je m’invente des petites histoires. Je les fais avancer dans ma tête. Et je sens la présence de Dieu vraiment à côté de moi. Je me dis que j’ai passé une bonne journée.
On pourrait facilement dire elle est dans l’illusion. Moi je dis, instinctivement, Carmina fait ce qu’il faut pour garder sa joie.

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